J13 – Strasbourg à Prague – 17 août – Torgau > Dresde

92km – 540m dénivelé +

Elbe ma soeur Elbe
Je t’ai suivie de ma roue
Quand une Dresde nouvelle est apparue

Torgau derrière et Dresde bien devant
Renate et son sourire énigmatique flottent dans mon esprit après un petit déjeuner partagé dans la douceur du matin et le calme de Torgau.
Je reprends de beaux chemins de forêt puis des chemins plus secs. J’ai besoin d’eau, j’ai envie d’eau ! Je tords un peu la carte pour mettre cap toute sur l’Elbe et la promesse de pistes cyclables bucoliques et pépères.
Elle est là, je la vois ! Je longe ce fleuve aux fortes évocations historiques, le temps est clément, le parcours est presque plat, les arbres mangent jusqu’à la berge et disputent le territoire aux prairies grasses et vert tendre.
De part et d’autre s’étalent des jolis villages, hameaux, quelques châteaux et demeures d’un autre temps disposés avec goût, comme on choisit avec soin les boules d’un arbre de noel clignotant.
On revoit des tableaux de grands maîtres de la peinture romantiques qui traduisent un monde enchanté, avec un kitsch embrumé, qu’on envie avec la nostalgie d’un temps et de lieux qu’on n’a pas connus et qui n’ont probablement jamais « réellement » existés.
Comme toute piste cyclable bien connue (Hambourg > Prague) et détaillée de long en large dans les guides, on croise d’un coup des flopées de vélocypédistes du dimanche, de tous âges (mais plutôt âgés), harnachés de nombreuses sacoches, équipés de la tenue homologuée cycliste pour faire crédible et souvent d’un moteur pour pédaler moins en avançant plus, j’enrage parfois de me faire doubler dans une côte par une mamie qui tourne la tête tout sourire pour me narguer ! Bon, je dois confesser une forme de snobisme, MOI étant le véritable cycliste sans artifices et VRAIMENT aventurier, MOI faisant noblement du sport et PAS une promenade dominicale, etc. Mais c’est vrai, que le confort, la facilité et le monde affadissent quelque peu mon plaisir.
Il y a des petites buvettes et restos régulièrement sur le bord de la « radweg », bien identifiés pour les cyclistes et capter leurs sous, c’est sympa mais un peu too much, je ne boude pas néanmoins de m’y arrêter à 2 reprises pour un café ou un jus de fruit. A force de promener la bicyclette, le temps passe…
J’arrive fin d’après-midi à l’approche de Dresde, la lumière finissante est un ravissement d’éclairages pour les monuments, fleuve, bâtiments, mobilier urbain et même graffitis. Première chose qui me frappe : le nombre de cyclistes, ils sont partout et défilent en continu comme une vélorution…à part qu’ici ils n’ont plus guère besoin de la faire !
Pistes cyclables partout dans la ville, sur les bords de l’Elbe, panneaux indicateurs pour vélos avec distances et temps de parcours, anneaux pour vélos, des vélos en masse devant chaque bar et resto…et un silence, une douceur de se mouvoir, un nombre de voitures très réduit. Je me prends à rêver d’une Marseille du futur à cette image, apaisée (ndlr : je n’ai croisée qu’une trottinette, seule. abandonnée, peuchère)…
Après quelques ponts suspendus, j’entre au coeur la ville et j’arrive chez Paul, un cycliste allemand que j’avais hébergé et qui m’héberge pour 2 jours.
Appart de coloc d’étudiants, assez grand, charmant, assez bordélique, vivant avec une terrasse remplie de canapés et fauteuils un peu fatigués mais qui appellent fortement à s’asseoir. Paul, à la crête punk rose me montre la chambre d’une coloc partie en vacances « tu peux dormir là ». Rendez-vous demain pour le portrait de Paul et la visite de Dresde.

J10+J11 – Strasbourg à Prague – 14+15 août – Salzgitter > Dessau

J10 – Salzgitter > Jersleben See Camping – 114km – 970m dénivelé +
J11 – Jersleben > Dessau – 84km – 350m dénivelé +

Une gorgée minuscule de mûres
Un bol de lac devenant oasis
Merci pour la plongée en orage trouble

Je quitte Guillaume et Sandro après un petit déjeuner copieux bien évidemment et me revoilà sur des routes assez jolies bien qu’un peu monotones, le problème des pistes cyclables qui longent d’un peu trop près les voitures.
Mais j’ai la solution : je choisis en général l’option vtt sur mon app gps et me voilà téléporté sur des chemins en forêt. Plus dur, plus beau, plus de plaisir. Beaucoup de mûrier ronciers, j’en fais des ventrées.
Se pose l’éternelle question existentielle : où vais-je dormir ce soir ? Je repars sur une option camping-lac, c’était fort agréable la première fois, arrivé fourbu, barbotage dans le lac, gommage énergétique. Je prends cette décision vers 16h et je dois ajouter 35km au compteur, c’est masochiste mais la perspective d’atteindre l’eau fortifie le mental.
La fin de journée est longue, avec des lignes droites au cœur de paysages desséchés. Le lac apparaît au loin, brillant comme un oasis, une promesse de délivrance. 19h, réception fermée, pas grave je trouve un coin éloigné et pose gratos ma tente.
Reitération du rituel : bière (ou plutôt Radler, c’est comme notre panaché) et reste des caouètes…et bien sûr le bain !
Le lendemain, départ aux aurores le long du fleuve, c’est beau mais c’est court. Ce sont ensuite surtout des pistes le long de grosses routes et des chemins de terre en landes peuplées de champs immenses et sentant la bouse.
Heureusement quelques jolies villes dont Zerbst avec une Eglise immense sans toit. Je m’arrête respirer un peu dans un des seuls bars que j’ai vus sur 80km, commande un Eiscafé pour me donner un dernier shot de sucre. Pendant que j’écris mon carnet de voyage (mise en abîme), les nuages s’accumulent… J’envoie un whatsapp à Anne, la jeune allemande qui doit m’héberger à Dessau le soir-même, elle me dit : il pleut grave chez nous. Je me hâte, priant pour passer entre les gouttes… Jusque là tout va bien, jusque là tout va bien, jusque là…
Les premières gouttes arrivent puis bammmm, éclairs et cataractes d’eau ! Je ne cherche même pas à me couvrir, mes bagages sont étanches, je vis cette eau tiède ruisselant sur mon corps comme une bénédiction, l’air chauffé depuis si longtemps se liquéfie, se répand dans le sol, la nature se déploie, ouvre ses pores, engloutit tout ce qu’elle peut, avide de substance vitale, la terre exhale une haleine d’humus et le goudron lessivé dégage une odeur d’huiles essentielles…
Je slalome entre les flaques et arrive trempé à Dessau comme une bouillabaisse. Le père d’Anne m’ouvre la porte avec douceur et Anne, tourbillon du logis, me montre ma chambre. Rendez-vous demain pour leurs portraits croisés. Le père m’appelle pour boire une bière, je vous laisse.