J13 – Strasbourg à Prague – 17 août – Torgau > Dresde

92km – 540m dénivelé +

Elbe ma soeur Elbe
Je t’ai suivie de ma roue
Quand une Dresde nouvelle est apparue

Torgau derrière et Dresde bien devant
Renate et son sourire énigmatique flottent dans mon esprit après un petit déjeuner partagé dans la douceur du matin et le calme de Torgau.
Je reprends de beaux chemins de forêt puis des chemins plus secs. J’ai besoin d’eau, j’ai envie d’eau ! Je tords un peu la carte pour mettre cap toute sur l’Elbe et la promesse de pistes cyclables bucoliques et pépères.
Elle est là, je la vois ! Je longe ce fleuve aux fortes évocations historiques, le temps est clément, le parcours est presque plat, les arbres mangent jusqu’à la berge et disputent le territoire aux prairies grasses et vert tendre.
De part et d’autre s’étalent des jolis villages, hameaux, quelques châteaux et demeures d’un autre temps disposés avec goût, comme on choisit avec soin les boules d’un arbre de noel clignotant.
On revoit des tableaux de grands maîtres de la peinture romantiques qui traduisent un monde enchanté, avec un kitsch embrumé, qu’on envie avec la nostalgie d’un temps et de lieux qu’on n’a pas connus et qui n’ont probablement jamais « réellement » existés.
Comme toute piste cyclable bien connue (Hambourg > Prague) et détaillée de long en large dans les guides, on croise d’un coup des flopées de vélocypédistes du dimanche, de tous âges (mais plutôt âgés), harnachés de nombreuses sacoches, équipés de la tenue homologuée cycliste pour faire crédible et souvent d’un moteur pour pédaler moins en avançant plus, j’enrage parfois de me faire doubler dans une côte par une mamie qui tourne la tête tout sourire pour me narguer ! Bon, je dois confesser une forme de snobisme, MOI étant le véritable cycliste sans artifices et VRAIMENT aventurier, MOI faisant noblement du sport et PAS une promenade dominicale, etc. Mais c’est vrai, que le confort, la facilité et le monde affadissent quelque peu mon plaisir.
Il y a des petites buvettes et restos régulièrement sur le bord de la « radweg », bien identifiés pour les cyclistes et capter leurs sous, c’est sympa mais un peu too much, je ne boude pas néanmoins de m’y arrêter à 2 reprises pour un café ou un jus de fruit. A force de promener la bicyclette, le temps passe…
J’arrive fin d’après-midi à l’approche de Dresde, la lumière finissante est un ravissement d’éclairages pour les monuments, fleuve, bâtiments, mobilier urbain et même graffitis. Première chose qui me frappe : le nombre de cyclistes, ils sont partout et défilent en continu comme une vélorution…à part qu’ici ils n’ont plus guère besoin de la faire !
Pistes cyclables partout dans la ville, sur les bords de l’Elbe, panneaux indicateurs pour vélos avec distances et temps de parcours, anneaux pour vélos, des vélos en masse devant chaque bar et resto…et un silence, une douceur de se mouvoir, un nombre de voitures très réduit. Je me prends à rêver d’une Marseille du futur à cette image, apaisée (ndlr : je n’ai croisée qu’une trottinette, seule. abandonnée, peuchère)…
Après quelques ponts suspendus, j’entre au coeur la ville et j’arrive chez Paul, un cycliste allemand que j’avais hébergé et qui m’héberge pour 2 jours.
Appart de coloc d’étudiants, assez grand, charmant, assez bordélique, vivant avec une terrasse remplie de canapés et fauteuils un peu fatigués mais qui appellent fortement à s’asseoir. Paul, à la crête punk rose me montre la chambre d’une coloc partie en vacances « tu peux dormir là ». Rendez-vous demain pour le portrait de Paul et la visite de Dresde.

J12 – Strasbourg à Prague – 16 août – Dessau > Torgau

84km – 640m dénivelé +

Profonde comme la forêt
« C’est trop grand pour moi »
Me dit-elle de son hamac suspendu

Le père d’Anne m’a offert une grande bière, le chien une léchouille et Anne une salade composée…pour le repas. Bbq allumé et enfin une Bradwürste bien grillée pour accompagner des petits pains maison. Le père me fait les gros yeux quand je refuse la 2eme bière (pinte quand même), « mais tu vas boire quoi avec ton repas !? », j’accepte… Côté dessert, je reste sur ma faim, heureusement que j’ai des gaufrettes Manner dans mon sac, mon péché mignon.
Minute culture : ce sont des gaufrettes autrichiennes produites par la marque du même nom, non distribuées en France… Elles sont très croustillantes avec beaucoup de couches et beaucoup de fourrage praliné dans la recette originelle. Dès que je peux, j’en fais une razzia, et ça tombe bien : en Allemagne, on en trouve partout !
Le père d’Anne me parle de sa vie de cheminot retraité avec une voie calme teintée de mélancolie, Anne me parle un peu de ses voyages mais saute d’un sujet à l’autre comme une puce. Elle ne semble pas tellement s’intéresser à l’hôte qu’elle héberge, on dirait qu’elle le fait par devoir ou pour faire des croix dans un tableau :
« j’ai reçu 4 personnes en 4 jours, c’est l’usine hihi » « regarde, c’est un tableau avec les photos des gens qui sont passés année après année ». Étrange…
Après une bonne nuit, je repars d’attaque pour une journée de nature incroyable, la seule si intense en chlorophylle ! Quasi 100% des 85km se déroule entre ombre et lumière, entre parcs naturels et forêts. Je m’enfonce dans la magnifique reserve d’Orienen de 2200 ha, avec des landes, des forêts, beaucoup d’animaux a priori, un sable granitique qui crisse. Elle servait de terrain d’entraînement pour les russes au temps de la DDR, maintenant elle est classée par l’Unesco. Ce sont ensuite des forêts sur des dizaines de km, avec des chemins plus ou moins defoncés et pentus, un substrat qui ralentit et fait déraper, des arbres parfois couchés en travers, une opacité des fois forte qui fait douter du soleil, des ruisseaux qui glougloutent, des daims qui jaillissent et des festins de baies sauvages…le tout dans un grand silence apaisant…silence qui se prolonge en longeant des étangs plein de nénuphars comme une teleportation au Japon, et qui aboutit dans une zénitude absolue dans la petite ville de Torgau.
Les rues pavées résonnent peu, les grandes places respirent tandis que les anciennes façades se rappellent du temps de Luther qui a marqué le territoire de son empreinte. « Renate au vélo jaune », c’est comme ça qu’elle se décrit, m’accueille dans une très ancienne bâtisse qui abrite aussi le musée de Katharina Luther Stube, épouse de Martin Luther.
J’ai eu l’impression d’entrer chez moi, avec plein de petits objets, cartes postales et flyers collés sur le frigo, plantes débordant dans les pièces, frises enfantines peintes en frise de salle de bain, à l’opposé d’une déco Marie-Claire, une maison qui vit et raconte des histoires. Après un jus dégusté ensemble, Renate est partie pour son cours de guitare classique, me laissant un double et la liberté d’errer lentement dans les rues.
Puis je la retrouve allongée dans son hamac, un livre à la main, longue femme au vêtement en lin ample, un cristal de quart autour du coup et cet éclat de l’oeil qui brille d’une générosité en cheminement.
Autour de bols de thé glacé infusé de menthe de la cour commune, nous nous délectons des carillons de l’église non loin qui fait vibrer l’air surchauffé de cette fin de journée estivale. « Tout est calme, reposé, entends-tu les clochettes tintinnabuler ? ». Elle me parle de sa foi chrétienne, des chants, je lui parle de ma découverte de la méditation dans des temples et communautés en Thaïlande, on parle identité, je lui dit « je pense donc je n’existe pas », elle me répond dans un soupir « tout ça est trop grand pour moi ».
O temps, suspends ton vol. « J’ai déjà fait des grands bonds dans ma vie : je suis passé des cochons aux enfants » dit-elle en riant. Ndlr : elle était ingénieure agronome et est devenue assistante dans une crèche Montessori. Elle me raconte aussi « quand les Allemagne se sont réunies, 1 personne sur 3 n’avait plus de travail, ils regrettaient ». Des fois, la liberté est perte de repères et souffrance, elle est trop grande, mais ensuite l’équilibre instable refait surface. L’Ostalgie était forte au depart…mais maintenant, c’est autre chose qui la remplace avec le vote AFD…ce que nous retrouvons dans de nombreux pays occidentaux malheureusement : la peur de l’autre, la peur de l’avenir, une forme de crispation ce qui excite les populistes. Puis ils leur suffit d’une bonne dialectique pour amplifier ces peurs très, trop, humaines.
Au son d’un nouveau carillon, nous laissons infuser ces échanges, et nous dégustons une crème de Renate à base de groseilles du jardin, avec quelques gaufrettes Manner.

J10+J11 – Strasbourg à Prague – 14+15 août – Salzgitter > Dessau

J10 – Salzgitter > Jersleben See Camping – 114km – 970m dénivelé +
J11 – Jersleben > Dessau – 84km – 350m dénivelé +

Une gorgée minuscule de mûres
Un bol de lac devenant oasis
Merci pour la plongée en orage trouble

Je quitte Guillaume et Sandro après un petit déjeuner copieux bien évidemment et me revoilà sur des routes assez jolies bien qu’un peu monotones, le problème des pistes cyclables qui longent d’un peu trop près les voitures.
Mais j’ai la solution : je choisis en général l’option vtt sur mon app gps et me voilà téléporté sur des chemins en forêt. Plus dur, plus beau, plus de plaisir. Beaucoup de mûrier ronciers, j’en fais des ventrées.
Se pose l’éternelle question existentielle : où vais-je dormir ce soir ? Je repars sur une option camping-lac, c’était fort agréable la première fois, arrivé fourbu, barbotage dans le lac, gommage énergétique. Je prends cette décision vers 16h et je dois ajouter 35km au compteur, c’est masochiste mais la perspective d’atteindre l’eau fortifie le mental.
La fin de journée est longue, avec des lignes droites au cœur de paysages desséchés. Le lac apparaît au loin, brillant comme un oasis, une promesse de délivrance. 19h, réception fermée, pas grave je trouve un coin éloigné et pose gratos ma tente.
Reitération du rituel : bière (ou plutôt Radler, c’est comme notre panaché) et reste des caouètes…et bien sûr le bain !
Le lendemain, départ aux aurores le long du fleuve, c’est beau mais c’est court. Ce sont ensuite surtout des pistes le long de grosses routes et des chemins de terre en landes peuplées de champs immenses et sentant la bouse.
Heureusement quelques jolies villes dont Zerbst avec une Eglise immense sans toit. Je m’arrête respirer un peu dans un des seuls bars que j’ai vus sur 80km, commande un Eiscafé pour me donner un dernier shot de sucre. Pendant que j’écris mon carnet de voyage (mise en abîme), les nuages s’accumulent… J’envoie un whatsapp à Anne, la jeune allemande qui doit m’héberger à Dessau le soir-même, elle me dit : il pleut grave chez nous. Je me hâte, priant pour passer entre les gouttes… Jusque là tout va bien, jusque là tout va bien, jusque là…
Les premières gouttes arrivent puis bammmm, éclairs et cataractes d’eau ! Je ne cherche même pas à me couvrir, mes bagages sont étanches, je vis cette eau tiède ruisselant sur mon corps comme une bénédiction, l’air chauffé depuis si longtemps se liquéfie, se répand dans le sol, la nature se déploie, ouvre ses pores, engloutit tout ce qu’elle peut, avide de substance vitale, la terre exhale une haleine d’humus et le goudron lessivé dégage une odeur d’huiles essentielles…
Je slalome entre les flaques et arrive trempé à Dessau comme une bouillabaisse. Le père d’Anne m’ouvre la porte avec douceur et Anne, tourbillon du logis, me montre ma chambre. Rendez-vous demain pour leurs portraits croisés. Le père m’appelle pour boire une bière, je vous laisse.

J4 – Strasbourg à Prague – 8 août – Ansbach > Bamberg

95km – 700m dénivelé +

Tente sur tomates
Fenêtre sur cour
Il a fait frais cette nuit

Retour sur ma rencontre avec Clara, belle femme très douce et très vegan.
Nous avons dîné d’une bonne salade de son petit potager avec plein de graines germées et toastées, pour le plat de résistance des pates avec des légumes et bien sûr une bière locale que j’ai ramenée d’une station-service.
Elle me racontait enthousiaste sa vie dans différents pays. « Oui c’est une peinture aborigène qui vient d’australie, et là c’est une tenture des Philippines ». Elle me parlait de son boulot autour de la biodiversité dans une ong. « On dépend de fonds européens, ah oui la politique c’est compliqué, mais bon je suis dans un bureau surtout, ça m’intéresse moins que quand j’étais sur le terrain, je suis scientifique de formation ».
Une pointe de regret, une envie de changement. On est beaucoup à ressentir cela non ? Ses yeux bleus perçants sont troublants, ils transmettent une force, un appétit de découverte et une fragilité. Elle s’entraîne à vivre de façon plutôt minimaliste, son appart mignon est petit « c’est comme une tiny house » dit-elle en riant et en s’excusant de ne pouvoir m’offrir qu’un coin de jardin pour la tente. C’est déjà beaucoup. Je lui fait promettre de venir me voir à Marseille.
Je passe à la Konditorei (boulangerie) toute proche pour acheter des brötchen (petits pains) pour mon pique-nique et zou !
Les paysages sont très campagnards. Je traverse de nombreux villages déserts, une brise légère poussent des brins d’herbe sur la route, personne… Beaucoup de champs, coupés et amendés pour certains à cette période. Il y a souvent des ballots de foin sous plastique, qui fermentent lentement au soleil, j’adore cette odeur fruitée parfois un peu piquante qui chatouille les narines au passage et rappelle un peu les fragrances de bière ipa.
Je repère partout des panneaux solaires, l’Allemagne pousse à fond l’énergie renouvelable (maisons, entrepots, etc), normal avec son retrait accéléré du nucléaire.
En haut d’un petit promontoire se trouve une tour, je peux ainsi observer la vue de la région alentour. Je traverse un village charmant et m’arrête boire une limonade maison avec menthe et citron vert, un peu comme un mojito sans alcool : lecker ! (délicieux).
La route devient plus verte traversant forêt et étendues d’eaux. Je m’arrête pour lire et méditer un moment devant un marais silencieux. La fin est un peu longue et chaude mais j’arrive enfin à Bamberg, un joyau de la Bavière m’ont dit le guide du routard et les autochtones. Et c’est vrai que la descente à travers les rue pavées aux façades gothiques met en appétit !
J’arrive chez Filippos (du réseau couchsurfing, que j’utilise en complément de warmshowers), grec habitant Bamberg depuis 5 ans, qui m’accueille dans son petit appart jonché d’affaires, c’est pire que chez moi après une semaine de représentation politique sans rangement ! Il doit voir une amie, j’en profite pour marcher lentement dans les rues agitées de touristes et baignées d’un soleil couchant. Mes jambes, mes pieds, tout me dit de faire une pause. C’est décidé : je prends un jour off. Rendez-vous demain pour le portrait de Filippos et de Bamberg…et aussi de Leon.

J3 – Strasbourg à Prague – 7 août – Murrhardt > Ansbach

90km – 1100m dénivelé +

La crête dessine la rétine
Ame estampée sur fond d’ânes
Kirsten m’appelle pour le muesli

Kirsten m’héberge et n’habite pas seule : « ich lebe mit meinen zweiten Esel » – je vis avec mes 2 ânes -. Visage doux, blanc frisotant, l’air un peu égaré, elle est en tenue de campagne avec polaire.
Sa maison sentant le foin avec vue sur une colline ondulante de forêts…elle l’a quasi rénovée seule depuis 2010.
Des ateliers aux différents outils parsèment la maison : bricolage, jardinage, couture… Kirsten semble flotter hors du temps.
« Je consomme peu, regarde j’ai mis ces panneaux solaires pour l’électricité et ces panneaux pour chauffer l’eau, ça marche bien et je rentre plein de bois pour l’hiver, voici la remise, je cultive des légumes mais mes ânes ne font pas de lait ». C’est reposant ici avancè-je
« C’est calme à part les 6 coqs des voisins qui chantent dès 4h du matin ! Pénible ! ». « Et côté téléphone, pas trop dérangée par les portables car ça passe pas, j’ai internet mais pas très rapide ». Cela semble anachronique, elle me montre la terrasse
« J’aime bien dormir ici avec la vue et l’air, oui oui c’est mon lit, oui oui je dors dehors là, aussi l’hiver, le corps s’habitue au froid ».
« Ce que je fais comme travail ? Je suis consultante en SAP (progiciel intégré) et travaille pour des grands groupes »…. ???? A ce moment-là, mes clichés sur la marginale-babosse en prennent un coup, j’hallucine et ça devient carrément inspirant ! « Je connais toutes les briques de SAP, ce qui est rare, donc pas de souci pour avoir des missions. Je travaille 5-6 jours par mois et seulement l’hiver, de octobre à mars ».
Là…je re-hallucine et suis dans l’envie la plus totale, ça me fait penser au livre « la semaine de 4h ». « Le reste du temps ? Je bricole, je jardine, je couds, je répare des vieilles machines Pfaff…et surtout, je fais de longues balades avec les ânes chaque jour, en itinérance des fois, en Bretagne récemment, ce sont des ânes de France, grands et je galope avec le plus grand ! »
« Ce que je fais demain ? Je prends mon temps ». Cette rencontre a été une claque et une caresse à la fois. Je vous laisse méditer pendant que je renfourche mon vélo…
Je pense à notre hyperactivité urbaine matinée de performance permanente pendant que j’emprunte des pistes mêlants forêts et champs fleuris.
Je traverse un beau mur de graffitis, spéciale dédicace à hip hop non stop, festival hip hop que j’ai contribué à créer avec mes collègues élus à la culture du 24 au 28 août !
Je repère aussi quelques beaux châteaux dans des villages, en particulier un qui s’avère être la mairie : notre Bagatelle (mairie marseille 6/8) Gwenael Richerolle a un concurrent sérieux. Puis les pistes cyclables bordées d’arbres fruitiers me donnent quelques calories pour mon 10h.
Minute culture : en Allemagne, il y a beaucoup de fruitiers – pommiers, poiriers, pruniers – le long des routes qui sont « publics », une activité consiste à en ramasser les fruits pour en faire des jus notamment.
Après pas mal de km, j’arrive dans la jolie ville d’Ansbach où je déguste une limonade aux fruits de la passion avant de rejoindre mon hôtesse de la soirée : Klara, qui m’offre gentiment son jardin pour planter ma tente. Rendez-vous demain pour son portrait.
La bière est avancée, je vous laisse.

J2 – Strasbourg à Prague – 6 août – Eisinger > campagne de Murrhardt

100km – 1100m dénivelé +

Réveil aux aurores dans le pré.
Les chasseurs m’ont épargné
Je peux continuer mon périple

Je ptit déjeune de fraises et banane.
Le temps de replier tente, duvet, matelas et tutti quanti, le soleil inonde la canopée.
Je fais route buissonnière pour récupérer mon itinéraire et décide rapidement de faire un détour pour voir un cloître dont Anke de Strasbourg m’avait fait la promo. Le gps m’envoie du bois dans les bois et je passe par des chemins en forêts aux senteurs aromathérapeutiques, ca sent les feuilles enfouies, ca sent l’eau du petit ruisseau, ca sent la résine parfois.
Le cloître vaut le détour ! Nombreuses pièces, voutes partout, tympans colorés, fontaine étonnante… le tout entouré d’un grand parvis et de maisons à colombages. Je déguste une lasagne al forno…et je passe trop de temps. Je vais le payer…
Je reprends ma route. Et chemine d’abord sur du plat, croisant le chemin de « selbst blumen » : le principe est que chacun ramasse ses fleurs dans le champ et met ensuite les sous dans une boîte : totale confiance ! S’en suivent des tour et des détours dans des forêts superbes en altitude, ça se mérite par des bonnes montées. Cela permet aussi de sillonner des routes perchées au dessus d’un paysage vallonné et des vignes bien rangées à perte de vue.
Doit y avoir du bon vin par ici ! La fatigue se fait sentir et mes papilles sont émoustillées… Je m’arrête boire un verre de vin. Kolosssale erreur ! Déjà c’est 25cl de blanc et pour le vélo moyen moyen. Le vin était bon mais j’ai du mal à avancer dans la chaleur de l’après-midi.
Je m’exerce au picking pour reprendre des forces de mère nature : dégustation de pommes et de raisin en bord de route. Je fatigue sévère, la journée est interminable et mon iphone n’a plus de batterie pour me guider, c’est la cata !
Comment vais-je rejoindre Kirsten, mon hôtesse de la nuit ??? Sans gps, on est peu de choses ! Je trouve in extremis un bar dans un patelin et boit un verre en attendant 20min que la batterie charge un peu. Le temps est compté, je dois arriver avant la nuit…
J’arrive enfin à l’approche de la maison de Kirsten, elle est perchée comme sa maison, dernière d’une impasse au fond d’un vallon montagneux à la Hansel et Gretel. Le dernier raidillon, c’est l’énergie de la mission accomplie.
Ses ânes m’accueillent mais j’ai beau taper, pas de réponse. Sueurs froides…il va faire nuit, je dégouline de transpi, que vais-je faire ??? Je tente de l’appeler, je m’y reprends à plusieurs reprises car 1 barre de réseau, eurêka !!! J’entends sonner à l’intérieur, elle répond et m’ouvre ! Elle ne m’attendait plus et surtout attendait la confirmation de ma venue. Je comprends que je lui envoyé des textos sur son fixe ! Réseau cellulaire trop faible alors elle n’a qu’un fixe !
Ouffff, elle m’accueille avec un grand sourire et je file sous la douche. Serviette prête, lit prêt, le bonheur !
Pour découvrir l’incroyable vie en transition de Kirsten, rendez-vous demain.

JO Strasbourg à Prague – 4 août – Départ

Le marathon s’achève ! Et oui, préparer un périple en bikepacking (ndlr : voyage à vélo itinérant en autonomie), c’est du taff. Inventaire à la Prévert : faire réviser son vélo, se le munir de sacoches adaptées, changer ses pneus, prévoir l’itinéraire, emprunter une tente/duvet/ultra light, faire la chasse au moindre gramme, courir chez Decathlon, s’arracher les cheveux lors du test pour tout faire tenir dans les bagages, etc… Breffff, me voilà parti, troquant mon costard pour la commémoration du matin par mon uniforme short+débardeur+tongues (oui je pédale en tongue, c’est ma marque de fabrique, cf mes précédents épisodes-voyages sur mon blog : http://biker-of-mars.fr). J’arrive un peu en avance à la gare et me pose sur le parvis en bas des superbes grandes marches de st-charles (minute adjoint culture) pour démonter mon vélo et tenter de le faire rentrer dans le sac de transport (obligation pour le mettre dans le tgv…). J’ai bien cru que je n’y arriverai pas car il est big mais big mon vélo ! Oufff dans le tgv avec un colis abandonné…puis un passage à niveau défectueux puis d’autres impondérables puis le bruit incessant de kékés made in Alsace qui étaient dans le carré derrière moi. J’ai entendu avec force détail leur nego pour revendre du shit… ubuesque ! J’arrive avec 1h15 de retard à Strasbourg et je remonte mon vélo sur le quai desert. Je file chez Anke du réseau de cyclistes warmshowers qui a accepté de m’héberger et de m’attendre ! A 23h45, On sirote une bière en parlant culture ! Et oui, le hasard (?) a fait qu’elle est artiste plasticienne, travail très intéressant au passage (Anke Vrijs), et appartement so cute en mode cabinet de curiosités. Elle moud ses céréales en vue de notre ptit déj puis nous tentons de trouver le sommeil dans la nuit strasbourgeoise surchauffée…a suivre avec le J1 dans la journée (5 août)

J3 : Chiang Rai épisode 1

J3 à vélo en Thaïlande : Chiang Rai épisode 1

Nuit sur fond de pluie, réveil sur fond de rizière. Agnès me propose un petit dèj idéal, comme chez moman ! Muesli bio, lait d’amande bio, salade de fruit bio, thé bio. Bio c’est bon ! ©.
Un léger vent agite le petit mobile avec des éléphants qui orne la terrasse, bruissement métallique subtil.

 

Aujourd’hui, pause physique pour les mollets et pause technique pour faire des petits réglages.
Hyper important : aller chez le coiffeur car dur de rester regardable / impeccable en toutes circonstances avec une longue mèche plaquée de sueur sur le front après avoir retiré son casque de vélo.
Je trouve une coiffeuse qui de mauvaise grâce -je ne sais pas pourquoi- accepte de me couper les tiffs. 80 bahts c’est vraiment pas cher : 2 € ! N’étant pas -encore- fluent en thaï, elle me tend un magazine avec des exemples de coupes toutes ultra fashion : crête de lion avec mèches couleur feu, rasé sur les tempes avec des motifs indéterminés, coupes au bol avec teinture, etc… . J’en trouve une à peu près classique. Je passe au bac. 3 différences avec la France :

 

1) on est carrément allongé
2) on se fait laver 4 fois les cheveux en tout : 2 fois au début et 2 fois à la fin. La cascade d’eau y passe et la masse capillaire aussi J’avais peur de ressortir chauve à la fin avec ce traitement de choc -déjà que j’ai moins de cheveux qu’à mes 20 ans-
3) on se fait masser plusieurs fois le cuir chevelu -ce qui est très agréable-

 

Elle me propose un taillage de barbe, j’accepte mais je vois trop tard qu’elle entreprend de raser à blanc…tant pis, je vais pas lui dire d’arrêter au beau milieu, l’effet serait bof.
Le résultat final est plutôt encourageant : vous pourrez le voir sur les futures photos, à vous de juger !
J’en profite aussi pour acheter une nouvelle paire de lunettes de soleil, la première ayant sombré verres et branches dans une pluie torrentielle quand je pédalais le 1ier jour.
Je me rends ensuite au magasin de vélo car mon petit plateau ne passe pas et j’aimerais bien un garde boue pour éviter de me recevoir tout dans la figure sur route mouillée. Il est quand même à 10km, pas à côté. Quand j’arrive, le vendeur un poil rigolard, me montre que mon porte-bouteille est un peu trop grand, il bloque donc le passage du plateau, il suffit d’inverser les 2 porte-bouteille et ça marche…J’aurais pu le trouver tout seul ça ! Je pense être tellement bidon en mécanique que je n’avais même pas jeté un oeil… En plus, le magasin n’a pas de garde-boue pour vtt. Il m’offre une banane pour me remercier d’être venu dans son magasin. Et dire que j’ai fait 20km pour une banane…
Retour à la case de l’oncle Tim et tata Agnès. Je leur avais promis de faire un gâteau : je trouve une recette de tarte vegan aux pommes qui a l’air pas mal : recette ici. Ca sera une première dans ma formation de chef pâtissier vegan ! Agnès se propose de m’assister. Chaque étape est ardue car on n’a pas de quoi peser facilement les ingrédients, on n’a pas les bons ingrédients, on n’a pas le bon plat,etc… Ex : on n’a pas de crème de coco > j’entreprends de réduire du lait de coco pour le concentrer, pas vraiment concluant. On n’a pas de purée d’amande > on mélange de la poudre d’amande et du lait de coco. J’ai filmé toutes les étapes pour vous faire une subliiiime vidéo de cette recette. Voici la bande annonce avant la version complète avec effets spéciaux, doublages, dolby surround : j’ai pas le bon matos, je le ferai probablement à mon retour en France.

 

La tarte cuit, caramélise, ça sent bon. On part au resto. Un bassin plein de carpes avale goulement des petites boulettes que le resto nous fournit. Tim est comme un fou, il adore voir les poissons se jeter les uns sur les autres. La guerre de la bouffe est déclarée !

 

Et nous, on déguste une délicieuse « papaya salad » et des nouilles sautées au tofu, de façon bien plus civilisée.

 

L’orage arrive, ça tambourine fort sur le toit en tôle du resto, on ne s’entend plus, on rentre à la maison.
On attaque la fameuse tarte vegan aux pommes, qui s’avère plutôt…fameuse ! La pate est un peu sèche néanmoins, faudra retravailler ça.
Après avoir dîné, que fait-on comme activité ? On regarde un documentaire sur un chef cuisinier ! Quand je vous dis que j’ai des obsessions culinaires…
Il s’agit d’un épisode de la série Netflix « Chef’s table ». On suit le parcours de « Jeong Kwan », nonne bouddhiste sud coréenne, qui pratique la « temple food ». Je ne vais pas vous spoiler, je vous incite à le regarder. C’est vraiment inspirant.

 

© Netflix

 

Je me couche en rêvant de nourriture terrestre et spirituelle.

J2 : de Phoomtada à Chiang Rai, 102km

J2 à vélo en Thaïlande : de Phoomtada à Chiang Rai, 102km

Après un solide petit dèj, je fais mes adieu au grand-père et je repars sur les routes. Je parcoure une belle piste de terre rouge et -comme il a plu toute la nuit-, je me fais rapidement un body painting…rouge. Je rejoins la route principale, que les thaï appellent : « highway ». Bon heureusement, c’est quand même moins fréquenté qu’une autoroute ! Je passe le long de temples plutôt mimi, avec de zolis d’animaux, toujours bien chargés d’or.

 

A l’heure du café, vers 10h -si tant est que le café ait une heure précise le matin- , je sens une odeur de toréfaction me chatouiller les naseaux. Sans conteste, je suis en train de longer un toréfacteur de café. Je m’arrête et j’ai le droit à une visite guidée -avec les gestes car je comprends pas le thaï- . J’en ai fait une petite vidéo, que je posterai dès que possible. Je bois 2 shots de café restretto -delicieux- , je fais une photo avec une famille d’asiat qui m’ont pris en affection et j’enfourche mon vélo dopé comme jamais.

 

Des rizières et des arbres bien touffus, voilà mon quotidien…dont je ne plains pour le moins du monde.

 

Je pile devant une maison insolite faites de souches d’arbres et de branches tarabiscotées. La maîtresse des lieux un peu allumée me fait visiter. On se croirait dans un conte de fée, manque plus qu’une neige-neige et ses 7 pokemons.

 

Pour la pause dèj du jour, j’ai droit à une soupe avec une bouillon bien riche, plein de bons légumes, du piment et des boulettes de viande un peu bizarre. Tout est fait minute. Sur la table, les assaissonnements typiques sont proposés : piment, sauce soja, cacahuètes pilées… Se trouvent aussi toujours des petites serviettes, si fines qu’elles essuient quasi rien; et une boîte renfermant les baguettes et cuillères pour la soupe. A force de parler nourriture, si ça continue, je vais faire un blog sur la culture gastronomique asiatique 😉 .

 

Je croise un drôle d’immense dragon d’or perché sur une butte, non pas issu d’un conte de fée cette fois mais plutôt d’un managa.

 

Ce soir, objectif : Chiang Rai, ville assez grande du nord-est, non loin du triangle d’or (connu pour l’opium mais c’est révolu), point de départ de trek, plaine de rizières entourées de montagnes. Je suis attendu chez Tim et Agnès, des warmshowers qui vont m’héberger. Warmshowers ? J’en avais déjà parlé lors de mon précédent voyage à vélo en Suisse mais je vais expliquer à nouveau pour ceux qui ne suivent pas mes aventures…po bien ! Warmshowers, c’est un réseau de passionnés de vélo -surtout de cyclotourisme-, qui s’hébergent gratuitement ou se rendent service mutuellement. C’est comme le couchsurfing mais avec un point d’intérêt en + et ça marche super bien. J’avais déjà eu de très belles expériences en Suisse avec 1 famille et 1 jeune allumé du vélo, et cet été j’ai hébergé -chez moman- 1 couple d’australiens digital nomads -qui bossent en parcourant le monde-, 1 américains qui atteignait ses 5000km en Europe, et 2 écossais -attention, pas anglais !- qui ont adoré les calanques, les toits-terrasses de la friche à Marseille…. Aparté fini. Donc, Tim et Agnès, un couple de retraités américains doivent m’héberger. J’ai réussi à acheter une petite plante sous une pluie battante pour leur apporter en offrande.

 

Après une longue ligne droite, me voilà arrivé chez eux, dans une maison très coquettes donnant sur les rizières. J’ai le droit à une grande chambre, serviettes pliées, salle de bain privée et wifi gratuit -le facétieux Tim avait posé un papier « free wifi » sur la table de chevet sous forme de boutade-.

 

J’ai l’impression d’être chez papi mamie -même s’ils sont plus jeunes que mes parents-, ils sont très attentionné et passionnés sans le côté américains parfois pénible : Amazing ! Oh my god ! etc…

 

En fait, cela fait 30 ans qu’ils vivent en dehors des US, étant prof internationaux. Et une fois à la retraite, au lieu de se poser sagement, ils ont décidé de changer de pays tous les ans ! Tout ça me fait rêver… Et si je devenais prof itinérant ? 😉 . On parle écologie, un peu de vélo mais pas trop, beaucoup de nourriture bien sûr. Ils sont vegan, je mange de très bons plats qu’Agnès et Tim ont cuisiné, et que nous finalisons ensemble. J’en ai fait une vidéo aussi, à découvrir prochainement. J’ai même le droit à une baguette sortie du congel pour l’occaze. Au son du gecko qui hante un coin de ma chambre -mais impossible de savoir lequel-, je m’endors sur un lit pas trop dur pour une fois.

 

Pour voir la vidéo du parcours en image satellite, cliquez ici :