J10+J11 – Strasbourg à Prague – 14+15 août – Salzgitter > Dessau

J10 – Salzgitter > Jersleben See Camping – 114km – 970m dénivelé +
J11 – Jersleben > Dessau – 84km – 350m dénivelé +

Une gorgée minuscule de mûres
Un bol de lac devenant oasis
Merci pour la plongée en orage trouble

Je quitte Guillaume et Sandro après un petit déjeuner copieux bien évidemment et me revoilà sur des routes assez jolies bien qu’un peu monotones, le problème des pistes cyclables qui longent d’un peu trop près les voitures.
Mais j’ai la solution : je choisis en général l’option vtt sur mon app gps et me voilà téléporté sur des chemins en forêt. Plus dur, plus beau, plus de plaisir. Beaucoup de mûrier ronciers, j’en fais des ventrées.
Se pose l’éternelle question existentielle : où vais-je dormir ce soir ? Je repars sur une option camping-lac, c’était fort agréable la première fois, arrivé fourbu, barbotage dans le lac, gommage énergétique. Je prends cette décision vers 16h et je dois ajouter 35km au compteur, c’est masochiste mais la perspective d’atteindre l’eau fortifie le mental.
La fin de journée est longue, avec des lignes droites au cœur de paysages desséchés. Le lac apparaît au loin, brillant comme un oasis, une promesse de délivrance. 19h, réception fermée, pas grave je trouve un coin éloigné et pose gratos ma tente.
Reitération du rituel : bière (ou plutôt Radler, c’est comme notre panaché) et reste des caouètes…et bien sûr le bain !
Le lendemain, départ aux aurores le long du fleuve, c’est beau mais c’est court. Ce sont ensuite surtout des pistes le long de grosses routes et des chemins de terre en landes peuplées de champs immenses et sentant la bouse.
Heureusement quelques jolies villes dont Zerbst avec une Eglise immense sans toit. Je m’arrête respirer un peu dans un des seuls bars que j’ai vus sur 80km, commande un Eiscafé pour me donner un dernier shot de sucre. Pendant que j’écris mon carnet de voyage (mise en abîme), les nuages s’accumulent… J’envoie un whatsapp à Anne, la jeune allemande qui doit m’héberger à Dessau le soir-même, elle me dit : il pleut grave chez nous. Je me hâte, priant pour passer entre les gouttes… Jusque là tout va bien, jusque là tout va bien, jusque là…
Les premières gouttes arrivent puis bammmm, éclairs et cataractes d’eau ! Je ne cherche même pas à me couvrir, mes bagages sont étanches, je vis cette eau tiède ruisselant sur mon corps comme une bénédiction, l’air chauffé depuis si longtemps se liquéfie, se répand dans le sol, la nature se déploie, ouvre ses pores, engloutit tout ce qu’elle peut, avide de substance vitale, la terre exhale une haleine d’humus et le goudron lessivé dégage une odeur d’huiles essentielles…
Je slalome entre les flaques et arrive trempé à Dessau comme une bouillabaisse. Le père d’Anne m’ouvre la porte avec douceur et Anne, tourbillon du logis, me montre ma chambre. Rendez-vous demain pour leurs portraits croisés. Le père m’appelle pour boire une bière, je vous laisse.

J6+J7 – Strasbourg à Prague – 10+11 août – Bamberg > Erfurt

J6 – Bamberg > Bergsee Ratscher camping – 92km – 950m dénivelé +
J7 – Bergsee > Erfurt – 76km – 880m dénivelé +

Chemins forêts faisant
Vie de château à Saxe-Cobourg
Tent-é par une Full moon vue sur lac ?

Petit-déjeuner matinal, nos pistes cyclables se séparent : Léon au travail, moi vers un point de chute inconnu. Galère, où vais-je donc crécher la nuit suivante ? Pas si évident / autorisé le camping sauvage en Allemagne, pas toujours facile de trouver un hôte warmshowers ou couchsurfing malgré mes super étoiles…c’est de l’orga et un minimum d’anticipation !
Je tente l’option camping – pas trop bidochon j’espère – et en repère un un peu plus loin que mon point de destination théorique (modulo 20km quand même…), devant un lac (bergsee ratscher). Pas grave, ça vaut le coup de chauffer un peu + les mollets s’il y a une baignade à la clé et de quoi remplir les yeux.
Je commence le périple, tombe sur de beaux graffitis Dimitri Kogan puis sur quelques pistes campagnardes jusqu’à Cobourg. Je pique-nique dans un parc, dommage, pas de « culture au jardin » ici ! Sandwich pas terrible avalé (brötchen+salami+concombres), je découvre un très beau centre-ville baroque, ne goûte pas aux saucisses du coin (bratwurst) et me motive à faire l’ascension de la colline qui surplombe la ville pour aller visiter la citadelle qui abritât la dynastie des Saxe-Coburg Christian Martel. Sissi, je suis en manque de Culture. Oh mein Gott, c’est hyper raide !
Je pose ma monture et visite cet immense édifice parfaitement rénové. De très beaux points de vue région stop, un musée avec une collection d’armes impressionnantes stop, pause. Devant le design raffiné des pistolets, je me demande pourquoi cette volonté de beau dans le morbide… Après moultes cuirasses, lances, canons, voici venu le temps des carrosses, calèches et traîneaux.
C’est beau, c’est kitsch, j’imagine bien la reine des neiges s’époumonant, glissant derrière un cheval blanc. Je prends un chemin vtt pour descendre direct et rejoindre mon itinéraire. S’ensuivent quelques beaux paysages bucoliques, des sentiers montagnards et une arrivée au camping en fin de journée avec une belle perspective de pont.
Je suis saisi par le decalage, j’ai l’impression d’arriver dans un camp de jeunes en springbreak. Grosses tentes, gros son, grosses bières. Je m’écarte et trouve un coin tout seul à 2 pas du lac. Étrange ce comportement grégaire de coller ses mobilhome les uns aux autres… C’est un coin naturiste, ça tombe bien, j’avais la flemme de mettre mon maillot.
L’eau est délicieuse, je concocte ma dînette-apéro : bière + caouètes puis je monte ma tente au sunset.
La lune est pleine, les couleurs m’impressionnent, je fais une marche méditative rougeoyante.
Lendemain, lever 7h max comme d’hab, je replie tout et fonce vers de nouvelles aventures. L’air est frais, mais ça ne fait que monter dans des forêts d’altitude (relatives, jusqu’à 1000m environ) et j’ai vite chaud.
Journée bol de nature avec des chemins vtt superbes qui m’entraînent de pistes dégagées, en chemin de sous-bois et même en single track plus technique. J’ai décidé pour + de nature (mais ça va de paire avec la difficulté) de calculer un itinéraire en mode vtt et pas en mode gravel (vtc).
Je m’abreuve de framboises, I can’t stop ! Je rencontre des villages de montagne mignons, un peu d’eau, mais pas des masses, la sécheresse est partout Anne Meilhac!
Puis j’arrive en longeant pas mal de km un cours d’eau à Erfurt où Florian, un warmshowers m’attend dans sa rue plutôt bobo. Rendez-vous demain pour le portrait de Florian, à l’énergie décoiffante.