J4 – Strasbourg à Prague – 8 août – Ansbach > Bamberg

95km – 700m dénivelé +

Tente sur tomates
Fenêtre sur cour
Il a fait frais cette nuit

Retour sur ma rencontre avec Clara, belle femme très douce et très vegan.
Nous avons dîné d’une bonne salade de son petit potager avec plein de graines germées et toastées, pour le plat de résistance des pates avec des légumes et bien sûr une bière locale que j’ai ramenée d’une station-service.
Elle me racontait enthousiaste sa vie dans différents pays. « Oui c’est une peinture aborigène qui vient d’australie, et là c’est une tenture des Philippines ». Elle me parlait de son boulot autour de la biodiversité dans une ong. « On dépend de fonds européens, ah oui la politique c’est compliqué, mais bon je suis dans un bureau surtout, ça m’intéresse moins que quand j’étais sur le terrain, je suis scientifique de formation ».
Une pointe de regret, une envie de changement. On est beaucoup à ressentir cela non ? Ses yeux bleus perçants sont troublants, ils transmettent une force, un appétit de découverte et une fragilité. Elle s’entraîne à vivre de façon plutôt minimaliste, son appart mignon est petit « c’est comme une tiny house » dit-elle en riant et en s’excusant de ne pouvoir m’offrir qu’un coin de jardin pour la tente. C’est déjà beaucoup. Je lui fait promettre de venir me voir à Marseille.
Je passe à la Konditorei (boulangerie) toute proche pour acheter des brötchen (petits pains) pour mon pique-nique et zou !
Les paysages sont très campagnards. Je traverse de nombreux villages déserts, une brise légère poussent des brins d’herbe sur la route, personne… Beaucoup de champs, coupés et amendés pour certains à cette période. Il y a souvent des ballots de foin sous plastique, qui fermentent lentement au soleil, j’adore cette odeur fruitée parfois un peu piquante qui chatouille les narines au passage et rappelle un peu les fragrances de bière ipa.
Je repère partout des panneaux solaires, l’Allemagne pousse à fond l’énergie renouvelable (maisons, entrepots, etc), normal avec son retrait accéléré du nucléaire.
En haut d’un petit promontoire se trouve une tour, je peux ainsi observer la vue de la région alentour. Je traverse un village charmant et m’arrête boire une limonade maison avec menthe et citron vert, un peu comme un mojito sans alcool : lecker ! (délicieux).
La route devient plus verte traversant forêt et étendues d’eaux. Je m’arrête pour lire et méditer un moment devant un marais silencieux. La fin est un peu longue et chaude mais j’arrive enfin à Bamberg, un joyau de la Bavière m’ont dit le guide du routard et les autochtones. Et c’est vrai que la descente à travers les rue pavées aux façades gothiques met en appétit !
J’arrive chez Filippos (du réseau couchsurfing, que j’utilise en complément de warmshowers), grec habitant Bamberg depuis 5 ans, qui m’accueille dans son petit appart jonché d’affaires, c’est pire que chez moi après une semaine de représentation politique sans rangement ! Il doit voir une amie, j’en profite pour marcher lentement dans les rues agitées de touristes et baignées d’un soleil couchant. Mes jambes, mes pieds, tout me dit de faire une pause. C’est décidé : je prends un jour off. Rendez-vous demain pour le portrait de Filippos et de Bamberg…et aussi de Leon.

J1 Strasbourg à Prague – 5 août – Strasbourg > Eisinger

106 km – 450 m dénivelé +

Au petit matin, Anke a préparé un muesli comme seuls les allemands savent le faire (elle est à moitié allemande) avec tellement de bonnes choses dedans que je pourrais bien réussir à faire 106km ! Son plan de travail inox immense me fait saliver en pensant aux centaines de tartelettes que je pourrais faire dessus mais c’est pas le plan du jour. Il est temps de partir après la bise de remerciements chaleureux.
Je démarre poussivement, c’est toujours comme ça le premier jour car faut faire des ajustements sur le vélo, les bagages, etc. Je stoppe au marché sur coin pour concocter mon pique-nique, c’est marrant ces clientes qui achètent des grosses saucisses de viande (acque l’asssent alsacien svp).
Je me délecte des rues charmantes et propres de la petite France…ça change de Marseilleuh. Puis je change d’itinéraire en rallongis pour longer le Rhin sur 51km. Temps idéal, lignes droites de pistes cyclables à perte de vue…sur le fleuve, une partie industrielle intéressante.
Je m’arrête pour ploufer dans le Rhin tout nu, c’est bon et pas froid.
Puis vers 13h, enfin la pause déjeuner : j’ai pédalé à fond pour rattraper le départ tardif du matin. Un homme vient vers moi, tout sourire, chouette ! Ich werde mein Deutsh üben können (je vais pouvoir pratiquer mon allemand).
Manque de pot, c’est un évangéliste illuminé, il me gratifie d’un prospectif genre « Jésus loves you ». Un pique-nique plus tard – Pain aux graines-roti de dinde-morbier-banane- j’enfourche ma monture et je m’éloigne du Rhin. C’est toujours sur des pistes cyclables mais moins beau, le long de routes pas top. Je commence à faiblir et m’achète un coca ! C’est uniquement dans ces moments-là que mon corps réclame un coca, c’est viscéral et ça rebooste (normal avec la tonne de sucre dedans). J’avance, j’avance, j’avance, je refaiblis : pas évident de passer de mes 20km de vélo par jour à Marseille à +de 100km.
Je m’arrête au km 85 dans la charmante ville d’Ettlinger pour boire un eis kaffee dans un konditorei (café glacé+glace vanille+glace café+chantilly). Ca me redonne une pêche d’enfer pour affronter les dernières côtes, j’en profite pour recharger mon smartphone car le gps ça pompe un max. Petit concert de rock sympa et maisons croquignolettes le long du canal fleuri. Je continue…une merco sortant d’un concessionnaire merco recule pour me laisser passer : on ne voit ça qu’ici ! Gratitude devant cette attention.
Je m’arrête chez un agriculteur pour acheter 500gr de fraises dans un distributeur, sic ! Le progrès est partout ! Étant tout collant de la journée, je me faufile dans un ruisseau pour me décoller, prêt pour la nuit ! Je touche au but…je croise un papy à vélo et lui demande (auf deutsch) s’il a un plan pour poser ma tente. Il m’indique une forêt avec des grands champs.
Wow !! C’est le paradis ! J’arrive à planter le tente sans encombre (ouf c’était la première fois avec celle-ci) et je savoure la quiétude jusqu’au moment où un chasseur arrive en jeep et me dit que j’ai pas le droit de rester là. Après un peu de nego, il me dit que c’est ok et qu’il fera attention à pas me tirer dessus. Me voilà rassuré pour dormir paisiblement en rêvant de bretzel et de bière.