J13 – Strasbourg à Prague – 17 août – Torgau > Dresde

92km – 540m dénivelé +

Elbe ma soeur Elbe
Je t’ai suivie de ma roue
Quand une Dresde nouvelle est apparue

Torgau derrière et Dresde bien devant
Renate et son sourire énigmatique flottent dans mon esprit après un petit déjeuner partagé dans la douceur du matin et le calme de Torgau.
Je reprends de beaux chemins de forêt puis des chemins plus secs. J’ai besoin d’eau, j’ai envie d’eau ! Je tords un peu la carte pour mettre cap toute sur l’Elbe et la promesse de pistes cyclables bucoliques et pépères.
Elle est là, je la vois ! Je longe ce fleuve aux fortes évocations historiques, le temps est clément, le parcours est presque plat, les arbres mangent jusqu’à la berge et disputent le territoire aux prairies grasses et vert tendre.
De part et d’autre s’étalent des jolis villages, hameaux, quelques châteaux et demeures d’un autre temps disposés avec goût, comme on choisit avec soin les boules d’un arbre de noel clignotant.
On revoit des tableaux de grands maîtres de la peinture romantiques qui traduisent un monde enchanté, avec un kitsch embrumé, qu’on envie avec la nostalgie d’un temps et de lieux qu’on n’a pas connus et qui n’ont probablement jamais « réellement » existés.
Comme toute piste cyclable bien connue (Hambourg > Prague) et détaillée de long en large dans les guides, on croise d’un coup des flopées de vélocypédistes du dimanche, de tous âges (mais plutôt âgés), harnachés de nombreuses sacoches, équipés de la tenue homologuée cycliste pour faire crédible et souvent d’un moteur pour pédaler moins en avançant plus, j’enrage parfois de me faire doubler dans une côte par une mamie qui tourne la tête tout sourire pour me narguer ! Bon, je dois confesser une forme de snobisme, MOI étant le véritable cycliste sans artifices et VRAIMENT aventurier, MOI faisant noblement du sport et PAS une promenade dominicale, etc. Mais c’est vrai, que le confort, la facilité et le monde affadissent quelque peu mon plaisir.
Il y a des petites buvettes et restos régulièrement sur le bord de la « radweg », bien identifiés pour les cyclistes et capter leurs sous, c’est sympa mais un peu too much, je ne boude pas néanmoins de m’y arrêter à 2 reprises pour un café ou un jus de fruit. A force de promener la bicyclette, le temps passe…
J’arrive fin d’après-midi à l’approche de Dresde, la lumière finissante est un ravissement d’éclairages pour les monuments, fleuve, bâtiments, mobilier urbain et même graffitis. Première chose qui me frappe : le nombre de cyclistes, ils sont partout et défilent en continu comme une vélorution…à part qu’ici ils n’ont plus guère besoin de la faire !
Pistes cyclables partout dans la ville, sur les bords de l’Elbe, panneaux indicateurs pour vélos avec distances et temps de parcours, anneaux pour vélos, des vélos en masse devant chaque bar et resto…et un silence, une douceur de se mouvoir, un nombre de voitures très réduit. Je me prends à rêver d’une Marseille du futur à cette image, apaisée (ndlr : je n’ai croisée qu’une trottinette, seule. abandonnée, peuchère)…
Après quelques ponts suspendus, j’entre au coeur la ville et j’arrive chez Paul, un cycliste allemand que j’avais hébergé et qui m’héberge pour 2 jours.
Appart de coloc d’étudiants, assez grand, charmant, assez bordélique, vivant avec une terrasse remplie de canapés et fauteuils un peu fatigués mais qui appellent fortement à s’asseoir. Paul, à la crête punk rose me montre la chambre d’une coloc partie en vacances « tu peux dormir là ». Rendez-vous demain pour le portrait de Paul et la visite de Dresde.

J12 – Strasbourg à Prague – 16 août – Dessau > Torgau

84km – 640m dénivelé +

Profonde comme la forêt
« C’est trop grand pour moi »
Me dit-elle de son hamac suspendu

Le père d’Anne m’a offert une grande bière, le chien une léchouille et Anne une salade composée…pour le repas. Bbq allumé et enfin une Bradwürste bien grillée pour accompagner des petits pains maison. Le père me fait les gros yeux quand je refuse la 2eme bière (pinte quand même), « mais tu vas boire quoi avec ton repas !? », j’accepte… Côté dessert, je reste sur ma faim, heureusement que j’ai des gaufrettes Manner dans mon sac, mon péché mignon.
Minute culture : ce sont des gaufrettes autrichiennes produites par la marque du même nom, non distribuées en France… Elles sont très croustillantes avec beaucoup de couches et beaucoup de fourrage praliné dans la recette originelle. Dès que je peux, j’en fais une razzia, et ça tombe bien : en Allemagne, on en trouve partout !
Le père d’Anne me parle de sa vie de cheminot retraité avec une voie calme teintée de mélancolie, Anne me parle un peu de ses voyages mais saute d’un sujet à l’autre comme une puce. Elle ne semble pas tellement s’intéresser à l’hôte qu’elle héberge, on dirait qu’elle le fait par devoir ou pour faire des croix dans un tableau :
« j’ai reçu 4 personnes en 4 jours, c’est l’usine hihi » « regarde, c’est un tableau avec les photos des gens qui sont passés année après année ». Étrange…
Après une bonne nuit, je repars d’attaque pour une journée de nature incroyable, la seule si intense en chlorophylle ! Quasi 100% des 85km se déroule entre ombre et lumière, entre parcs naturels et forêts. Je m’enfonce dans la magnifique reserve d’Orienen de 2200 ha, avec des landes, des forêts, beaucoup d’animaux a priori, un sable granitique qui crisse. Elle servait de terrain d’entraînement pour les russes au temps de la DDR, maintenant elle est classée par l’Unesco. Ce sont ensuite des forêts sur des dizaines de km, avec des chemins plus ou moins defoncés et pentus, un substrat qui ralentit et fait déraper, des arbres parfois couchés en travers, une opacité des fois forte qui fait douter du soleil, des ruisseaux qui glougloutent, des daims qui jaillissent et des festins de baies sauvages…le tout dans un grand silence apaisant…silence qui se prolonge en longeant des étangs plein de nénuphars comme une teleportation au Japon, et qui aboutit dans une zénitude absolue dans la petite ville de Torgau.
Les rues pavées résonnent peu, les grandes places respirent tandis que les anciennes façades se rappellent du temps de Luther qui a marqué le territoire de son empreinte. « Renate au vélo jaune », c’est comme ça qu’elle se décrit, m’accueille dans une très ancienne bâtisse qui abrite aussi le musée de Katharina Luther Stube, épouse de Martin Luther.
J’ai eu l’impression d’entrer chez moi, avec plein de petits objets, cartes postales et flyers collés sur le frigo, plantes débordant dans les pièces, frises enfantines peintes en frise de salle de bain, à l’opposé d’une déco Marie-Claire, une maison qui vit et raconte des histoires. Après un jus dégusté ensemble, Renate est partie pour son cours de guitare classique, me laissant un double et la liberté d’errer lentement dans les rues.
Puis je la retrouve allongée dans son hamac, un livre à la main, longue femme au vêtement en lin ample, un cristal de quart autour du coup et cet éclat de l’oeil qui brille d’une générosité en cheminement.
Autour de bols de thé glacé infusé de menthe de la cour commune, nous nous délectons des carillons de l’église non loin qui fait vibrer l’air surchauffé de cette fin de journée estivale. « Tout est calme, reposé, entends-tu les clochettes tintinnabuler ? ». Elle me parle de sa foi chrétienne, des chants, je lui parle de ma découverte de la méditation dans des temples et communautés en Thaïlande, on parle identité, je lui dit « je pense donc je n’existe pas », elle me répond dans un soupir « tout ça est trop grand pour moi ».
O temps, suspends ton vol. « J’ai déjà fait des grands bonds dans ma vie : je suis passé des cochons aux enfants » dit-elle en riant. Ndlr : elle était ingénieure agronome et est devenue assistante dans une crèche Montessori. Elle me raconte aussi « quand les Allemagne se sont réunies, 1 personne sur 3 n’avait plus de travail, ils regrettaient ». Des fois, la liberté est perte de repères et souffrance, elle est trop grande, mais ensuite l’équilibre instable refait surface. L’Ostalgie était forte au depart…mais maintenant, c’est autre chose qui la remplace avec le vote AFD…ce que nous retrouvons dans de nombreux pays occidentaux malheureusement : la peur de l’autre, la peur de l’avenir, une forme de crispation ce qui excite les populistes. Puis ils leur suffit d’une bonne dialectique pour amplifier ces peurs très, trop, humaines.
Au son d’un nouveau carillon, nous laissons infuser ces échanges, et nous dégustons une crème de Renate à base de groseilles du jardin, avec quelques gaufrettes Manner.

J10+J11 – Strasbourg à Prague – 14+15 août – Salzgitter > Dessau

J10 – Salzgitter > Jersleben See Camping – 114km – 970m dénivelé +
J11 – Jersleben > Dessau – 84km – 350m dénivelé +

Une gorgée minuscule de mûres
Un bol de lac devenant oasis
Merci pour la plongée en orage trouble

Je quitte Guillaume et Sandro après un petit déjeuner copieux bien évidemment et me revoilà sur des routes assez jolies bien qu’un peu monotones, le problème des pistes cyclables qui longent d’un peu trop près les voitures.
Mais j’ai la solution : je choisis en général l’option vtt sur mon app gps et me voilà téléporté sur des chemins en forêt. Plus dur, plus beau, plus de plaisir. Beaucoup de mûrier ronciers, j’en fais des ventrées.
Se pose l’éternelle question existentielle : où vais-je dormir ce soir ? Je repars sur une option camping-lac, c’était fort agréable la première fois, arrivé fourbu, barbotage dans le lac, gommage énergétique. Je prends cette décision vers 16h et je dois ajouter 35km au compteur, c’est masochiste mais la perspective d’atteindre l’eau fortifie le mental.
La fin de journée est longue, avec des lignes droites au cœur de paysages desséchés. Le lac apparaît au loin, brillant comme un oasis, une promesse de délivrance. 19h, réception fermée, pas grave je trouve un coin éloigné et pose gratos ma tente.
Reitération du rituel : bière (ou plutôt Radler, c’est comme notre panaché) et reste des caouètes…et bien sûr le bain !
Le lendemain, départ aux aurores le long du fleuve, c’est beau mais c’est court. Ce sont ensuite surtout des pistes le long de grosses routes et des chemins de terre en landes peuplées de champs immenses et sentant la bouse.
Heureusement quelques jolies villes dont Zerbst avec une Eglise immense sans toit. Je m’arrête respirer un peu dans un des seuls bars que j’ai vus sur 80km, commande un Eiscafé pour me donner un dernier shot de sucre. Pendant que j’écris mon carnet de voyage (mise en abîme), les nuages s’accumulent… J’envoie un whatsapp à Anne, la jeune allemande qui doit m’héberger à Dessau le soir-même, elle me dit : il pleut grave chez nous. Je me hâte, priant pour passer entre les gouttes… Jusque là tout va bien, jusque là tout va bien, jusque là…
Les premières gouttes arrivent puis bammmm, éclairs et cataractes d’eau ! Je ne cherche même pas à me couvrir, mes bagages sont étanches, je vis cette eau tiède ruisselant sur mon corps comme une bénédiction, l’air chauffé depuis si longtemps se liquéfie, se répand dans le sol, la nature se déploie, ouvre ses pores, engloutit tout ce qu’elle peut, avide de substance vitale, la terre exhale une haleine d’humus et le goudron lessivé dégage une odeur d’huiles essentielles…
Je slalome entre les flaques et arrive trempé à Dessau comme une bouillabaisse. Le père d’Anne m’ouvre la porte avec douceur et Anne, tourbillon du logis, me montre ma chambre. Rendez-vous demain pour leurs portraits croisés. Le père m’appelle pour boire une bière, je vous laisse.

J8+J9 – Strasbourg à Prague – 12+13 août – Erfurt > Salzgitter

J8 Erfurt > Salzgitter – train
J9 Salzgitter – chez Guillaume&Sandro

Épopée en train à l’amende
Ca fait le fier à Braunschweig
Vous prendrez bien une glace à Erfurt ?

Florian m’accueille à Erfurt. Il offre son plancher à mon duvet car il n’a pas de canapé, c’est spartiate mais le réseau « warmshowers » promet surtout une douche et un coin hébergement gratuit, des fois c’est total confort, des fois un poil moins. Florian est un grand cycliste, il fait de longs voyages avec sa copine « elle revient en train ce soir d’une traversée des Alpes à vélo, elle fait 200km par jour et des gros dénivelés »…. sur ce coup, je déclare forfait, j’ai trouvé ma maîtresse. « J’ai fait des études d’architecture mais je bosse chez IKEA, ça me plait, je conçois des cuisines pour les gens, un projet nouveau à chaque fois ». Il me montre un boîtier tout fier comme un bar-tabac dirait mon grand-père « c’est un gps pour vélo, comme ça plus de problème de batterie avec le smartphone ». Je comprends l’intérêt, ca me rappelle les moments galère à chercher désespérément un bar dans un patelin de campagne/montagne pour charger ne serait-ce que 30min le pressssieux à bout d’electrons
Florian saute sur son vélo, je fais de même, il me montre le maousse tour de Erfurt, à grands renforts d’explications. Pour une fois que c’est pas moi qui fait le guide à Marseille en me tapant la bonne mère à vélo, suant à grosses gouttes, j’apprécie !
La ville est peu touristique et a un charme fou, « Krämerbrücke » rue étonnante avec des maisons anciennes enjambant la rivière Gera (pont habité le plus long d’Europe), on teste les fameuses brastwurst (saucisses dans du pain pas très fameuses, très grasses) et une glace sublime que même mon guide du routard me-lavait-dit « Eiskramer », je prends sorbet de cassis + sorbet de yuzu-bergamote le tout un cornet bien épais-croustillant-beurré, un régal ! On les déguste au bord de l’eau et du coucher du soleil.
Minute culture : Erfurt a été fondée par St Boniface en 742 et a du sa prospérité au moyen âge à la fabrication de teintures pastel et indigo.
Le lendemain, je fais un tour à l’immense citadelle et découvre un magnifique théâtre en plein air dans les ruines d’une église sans toit.
Je file à la gare car un train m’attend pour Salzgitter ou je dois rejoindre mon ami Guillaume. Et oui, ayant pris un jour off à Bamberg, je dois accélérer avec le train. C’est une odyssée en 10 volumes de la pléiade ! Je dois prendre 3 trains. J’entre dans le premier, tout va bien ! Si ce n’est qu’ils exigent encore le masque et que j’en ai pas…je suis calé à côté d’une vieille dame type mamie gâteau, elle voit mon embarras et m’en offre un, j’aurais préféré un gâteau. On discute tout le long, elle me parle de son passé comme architecte à concevoir des bâtiments affreux en DDR, ce qui l’a conduit à se lancer comme art-thérapeute…pour se soigner par la même occasion je suppose. « Je fais une exposition, venez la voir, je peux vous héberger chez moi, voici ma carte ». Une tranchette de vie sympathique.
Je sors du train à Braunschweig et me dirige vers l’autre train et là…ruée vers l’or ! Tout le monde veut une place pour son vélo, je suis resté sur le quai KO attendant 1h le train suivant. Le billet promo à 9€ tout l’été a excité les cyclistes du dimanche… J’arrive in extremis à prendre le suivant. Je prends ensuite le 3eme et là, une contrôleuse bien rêche se pointe, 10 min avant mon arrivée, et me demande le billet pour le vélo…euh… « je croyais qu’il n’en fallait pas, au guichet on m’avait rien dit, en France il en faut pas sur les trains régionaux »…. « ausweis bitte ! », bref j’écope d’un 60€ bien saignant. D’humeur moyenne, je retrouve Guillaume – un ami de Paris exilé -, qui sait me détendre en m’offrant un gros morceau de Käsekuchen (type cheesecake) en arrivant à la maison. Il s’entraîne pour lancer un business de gâteaux itinérant avec un velo cargo « le gâteau français », efficace et pas cher. Son copain Sandro est une crème…dont je ne vais pas tarder à découvrir l’autre visage…suspense.
La maison est chaleureuse, un mix de déco ethnique et de steam-punk-retro-futuriste de Guillaume, qui a coupé ses cheveux au carré pour mieux s’intégrer. Après une nuit et les intrusions du chat persan, nous voilà chez un ami de Sandro : Maic.
Il vit dans une maison plutôt simple, presque une cabane, nichée au coeur de son jardin remarquable, publicité pour la biodiversité. On a envie de s’allonger dans le hamac, se poser au pied du bananier, se balancer dans un canapé suspendu. C’est un jardinier grand, sec, la mèche décolorée et l’oeil bleu malicieux. « Ce jardin appartenait à mon grand-père, j’y vis de mars à octobre puis je pars en Inde pour l’hiver ». Encore une vie inspirante, assez décalée.
L’intérieur de la cabane est une plongée en Inde aussi bien par les objets que les couleurs, les senteurs, l’esprit. L’esprit de Maic et de Sandro ont d’ailleurs leur part d’ombre…
Savez-vous que nous devions aller à la gay pride de Braunschweig ? Nous voilà stationnés dans un parking aérien de la ville, Sandro et Maic enfilent leurs habits de lumière ! Ils ont un rituel surprenant : faire la tournée des gay pride du coin et même jusqu’à Hamburg, avec des costumes exubérants cousus par leur soin. Ils se mettent en tête de cortège, se battant parfois avec des drag queen pour être vus au max. Leur but est ensuite d’être dans les journaux locaux – à côté du maire, c’est le graal – , dont ils font la collection. Un air de déjà-vu à Marseille ? Que nenni ! Le 1/4 de célébrité dont parlait Warhol, on est paf en plein dedans. Pour Sandro et Maic, c’est leur moment ! Et ils sont sérieux, concentrés, tendus comme un arc qui décrocherait des flèches rainbow. Cette année, ils sont transmutés en Ruby Rhod, présentatrice déjantée dans le 5eme élément jouée par Chris Tucker.
Guillaume en pirate et moi avec un simple t-shirt en strass, on est carrément des austères luthériens. On les laisse agiter les mains en première ligne sans se mêler à la populace comme la reine d’Angleterre, et on sillonne le cortège plutôt fourni et festif.
Après ces émotions, nous engloutissons une pizza et une énorme coupe de glace avec vue sur la scène de la pride. Lestés nous tentons une incursion à la fête foraine de Salzgitter, mais nous sommes vite lassés des auto-tamponneuses, baraques à frites et scène locale zik country. Il est temps de rentrer pour manger – sic – un morceau de Käsekuchen.
Heureusement que je reprends le vélo demain pour éliminer tout ça, tout en gardant ces expériences atypiques partagées au creux du coeur.

J6+J7 – Strasbourg à Prague – 10+11 août – Bamberg > Erfurt

J6 – Bamberg > Bergsee Ratscher camping – 92km – 950m dénivelé +
J7 – Bergsee > Erfurt – 76km – 880m dénivelé +

Chemins forêts faisant
Vie de château à Saxe-Cobourg
Tent-é par une Full moon vue sur lac ?

Petit-déjeuner matinal, nos pistes cyclables se séparent : Léon au travail, moi vers un point de chute inconnu. Galère, où vais-je donc crécher la nuit suivante ? Pas si évident / autorisé le camping sauvage en Allemagne, pas toujours facile de trouver un hôte warmshowers ou couchsurfing malgré mes super étoiles…c’est de l’orga et un minimum d’anticipation !
Je tente l’option camping – pas trop bidochon j’espère – et en repère un un peu plus loin que mon point de destination théorique (modulo 20km quand même…), devant un lac (bergsee ratscher). Pas grave, ça vaut le coup de chauffer un peu + les mollets s’il y a une baignade à la clé et de quoi remplir les yeux.
Je commence le périple, tombe sur de beaux graffitis Dimitri Kogan puis sur quelques pistes campagnardes jusqu’à Cobourg. Je pique-nique dans un parc, dommage, pas de « culture au jardin » ici ! Sandwich pas terrible avalé (brötchen+salami+concombres), je découvre un très beau centre-ville baroque, ne goûte pas aux saucisses du coin (bratwurst) et me motive à faire l’ascension de la colline qui surplombe la ville pour aller visiter la citadelle qui abritât la dynastie des Saxe-Coburg Christian Martel. Sissi, je suis en manque de Culture. Oh mein Gott, c’est hyper raide !
Je pose ma monture et visite cet immense édifice parfaitement rénové. De très beaux points de vue région stop, un musée avec une collection d’armes impressionnantes stop, pause. Devant le design raffiné des pistolets, je me demande pourquoi cette volonté de beau dans le morbide… Après moultes cuirasses, lances, canons, voici venu le temps des carrosses, calèches et traîneaux.
C’est beau, c’est kitsch, j’imagine bien la reine des neiges s’époumonant, glissant derrière un cheval blanc. Je prends un chemin vtt pour descendre direct et rejoindre mon itinéraire. S’ensuivent quelques beaux paysages bucoliques, des sentiers montagnards et une arrivée au camping en fin de journée avec une belle perspective de pont.
Je suis saisi par le decalage, j’ai l’impression d’arriver dans un camp de jeunes en springbreak. Grosses tentes, gros son, grosses bières. Je m’écarte et trouve un coin tout seul à 2 pas du lac. Étrange ce comportement grégaire de coller ses mobilhome les uns aux autres… C’est un coin naturiste, ça tombe bien, j’avais la flemme de mettre mon maillot.
L’eau est délicieuse, je concocte ma dînette-apéro : bière + caouètes puis je monte ma tente au sunset.
La lune est pleine, les couleurs m’impressionnent, je fais une marche méditative rougeoyante.
Lendemain, lever 7h max comme d’hab, je replie tout et fonce vers de nouvelles aventures. L’air est frais, mais ça ne fait que monter dans des forêts d’altitude (relatives, jusqu’à 1000m environ) et j’ai vite chaud.
Journée bol de nature avec des chemins vtt superbes qui m’entraînent de pistes dégagées, en chemin de sous-bois et même en single track plus technique. J’ai décidé pour + de nature (mais ça va de paire avec la difficulté) de calculer un itinéraire en mode vtt et pas en mode gravel (vtc).
Je m’abreuve de framboises, I can’t stop ! Je rencontre des villages de montagne mignons, un peu d’eau, mais pas des masses, la sécheresse est partout Anne Meilhac!
Puis j’arrive en longeant pas mal de km un cours d’eau à Erfurt où Florian, un warmshowers m’attend dans sa rue plutôt bobo. Rendez-vous demain pour le portrait de Florian, à l’énergie décoiffante.

J5 – Strasbourg à Prague – 9 août – jour off, Bamberg

Visite à Bamberg, joyau baroque et romantique de la Bavière, 60km ouest de Bayreuth, 60km nord de Nuremberg

Linzer tochte et bière fumée
Baden Baden à Bamberg
Je marche au pas

Je commence par une discussion avec Filippos qui cherche un peu sa voie « je vais peut-être faire une école pour apprendre à utiliser des gongs et puis je lancerai une activité pour faire des bains de gongs aux gens, c’est thérapeutique », on parle bouddhisme et je lui fais un résumé en accéléré et en anglais (car en allemand c’est encore plus dur à expliquer !) de ce que j’ai retenu de différents enseignements dont l’illusion de l’ego, la notion d’impermanence des phénomènes mentaux et matériels, l’attachement à ces illusions qui amène la souffrance, etc… > appelez ma hotline si vous voulez parler karma&co.
Puis je le laisse à la table du petit-déjeuner dans son jardin collectif pour aller vadrouiller dans la ville, non sans avoir fait et étendu ma lessive du jour au préalable… et oui quand on a que 2 shorts, 2 debardeurs, 2 boxer, etc. faut laver tous les jours et prier que ça va sécher !
La ville est remplie de touristes mais pas partout, comme partout. Elle est chargée d’histoire (+1000 ans) et étendue sur 7 collines (comme Rome), depuis 1993 elle est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. D’un charme fou, elle déploie ses façades à colombages patinées par les siècles et colorées pour certaines, des statues et enluminures, des ponts qui enjambent la rivière – le Regnitz – et font penser à Venise, un ancien Rathaus (mairie) monumental, des cafés avec bière à toute heure (enfin presque car ça ferme à l’heure des poules).
Je monte dans le Rosengarten (roseraie) qui domine la ville et reste un bon moment à chiller en lisant le guide du routard sur les points d’interêts de la ville (mise en abîme) accompagné d’un café. Enfin, je me sers de ce guide ! Qui pèse une livre au moins, ce qui est pas mal pour un livre et beaucoup pour un cycliste qui fait la chasse aux kilos !
Je rejoins dans l’après-midi le 2eme couchsurfer qui a accepté de l’héberger. C’est Léon, il m’attend aux Haimbad, qui sont des bains aménagés le long de la rivière. Il est allongé sur le ponton de bois et se dore, enfin pas trop car il a le phototype d’un allemand blond, tout fin avec des yeux bleus et très bien élevé.
On saute d’un bout du ponton et on se laisse dériver avec le courant entre les arbres jusqu’à l’autre bout où on remonte, délicieux manège dans une eau à 22 degrés. Les muscles chauffés à blanc durant ces 4 premiers jours se détendent, se régénèrent.
Je poursuis mon obsession de tester les spécialités de la ville, j’emmène dans ma quête Léon qui m’indique un restaurant conseillé aussi par le guide du routard « Schlankerla ». Au passage, nous entendons une bribe de conférence, de l’autre côté de la rivière, d’un compositeur/musicien français assez expérimental – Sasha Blondeau – qui fait une sortie de résidence à la villa Concordia (un peu comme villa Médicis, fondation Camargo, la Cômerie à Marseille peut-être bientôt…). N’étant pas en manque de culture après cette année culturelle intense à Marseille, mais plutôt en manque de calories, nous poussons nos vélos vers le lieu qui va nous abreuver de veaux, vaches, cochons (surtout) et autres brevages (surtout bière).
D’ailleurs, nous commençons par une gerauch Bieer (bière fumée, spécialité de Bamberg). Celle-ci est brassée dans le resto, on m’avait prévenu qu’elle avait un goût de saucisson ou de bacon…ce n’est pas très engageant, mais en aventurier de l’extrême, je plonge dans ma pinte et en ressort positivement surpris, le goût fumé est léger, très boisé, petit soupçon de saumon fumé plutôt, c’est agréable.
Puis arrive l’inévitable pièce de Schwein (cochon) avec les choux (Kraut) et son Kloss (boule étrange un peu gluante mêlant pomme de terre crue et cuite, savante recette ancestrale).
Après un snaps à la Williamsbirne très bon, Léon se confie, me dit qu’il a toujours vécu ici, qu’il adore le surf, courir, nager. « Je vais faire une semaine de surf au Maroc en octobre, dans un camp de surfeur ».
Il m’évoque aussi sa souffrance au travail « j’étais juriste, j’ai fait un burn out, là je me réintègre dans le cabinet en faisant un travail administratif plus light ». Devant les visages épanouis en apparence, il faut creuser pour voir que les lignes de failles sont nombreuses et communes, la performance imposée par un système violent et utilitariste met à mal les êtres…
Sensation d’impuissance fugace et de partager une même condition humaine. Nous payons la serveuse irrascible qui m’a donné plusieurs fessées pendant le repas et longeons le canal , l’air est doux, la lune pleine-1 jour, je suis Léon à bicyclette

J4 – Strasbourg à Prague – 8 août – Ansbach > Bamberg

95km – 700m dénivelé +

Tente sur tomates
Fenêtre sur cour
Il a fait frais cette nuit

Retour sur ma rencontre avec Clara, belle femme très douce et très vegan.
Nous avons dîné d’une bonne salade de son petit potager avec plein de graines germées et toastées, pour le plat de résistance des pates avec des légumes et bien sûr une bière locale que j’ai ramenée d’une station-service.
Elle me racontait enthousiaste sa vie dans différents pays. « Oui c’est une peinture aborigène qui vient d’australie, et là c’est une tenture des Philippines ». Elle me parlait de son boulot autour de la biodiversité dans une ong. « On dépend de fonds européens, ah oui la politique c’est compliqué, mais bon je suis dans un bureau surtout, ça m’intéresse moins que quand j’étais sur le terrain, je suis scientifique de formation ».
Une pointe de regret, une envie de changement. On est beaucoup à ressentir cela non ? Ses yeux bleus perçants sont troublants, ils transmettent une force, un appétit de découverte et une fragilité. Elle s’entraîne à vivre de façon plutôt minimaliste, son appart mignon est petit « c’est comme une tiny house » dit-elle en riant et en s’excusant de ne pouvoir m’offrir qu’un coin de jardin pour la tente. C’est déjà beaucoup. Je lui fait promettre de venir me voir à Marseille.
Je passe à la Konditorei (boulangerie) toute proche pour acheter des brötchen (petits pains) pour mon pique-nique et zou !
Les paysages sont très campagnards. Je traverse de nombreux villages déserts, une brise légère poussent des brins d’herbe sur la route, personne… Beaucoup de champs, coupés et amendés pour certains à cette période. Il y a souvent des ballots de foin sous plastique, qui fermentent lentement au soleil, j’adore cette odeur fruitée parfois un peu piquante qui chatouille les narines au passage et rappelle un peu les fragrances de bière ipa.
Je repère partout des panneaux solaires, l’Allemagne pousse à fond l’énergie renouvelable (maisons, entrepots, etc), normal avec son retrait accéléré du nucléaire.
En haut d’un petit promontoire se trouve une tour, je peux ainsi observer la vue de la région alentour. Je traverse un village charmant et m’arrête boire une limonade maison avec menthe et citron vert, un peu comme un mojito sans alcool : lecker ! (délicieux).
La route devient plus verte traversant forêt et étendues d’eaux. Je m’arrête pour lire et méditer un moment devant un marais silencieux. La fin est un peu longue et chaude mais j’arrive enfin à Bamberg, un joyau de la Bavière m’ont dit le guide du routard et les autochtones. Et c’est vrai que la descente à travers les rue pavées aux façades gothiques met en appétit !
J’arrive chez Filippos (du réseau couchsurfing, que j’utilise en complément de warmshowers), grec habitant Bamberg depuis 5 ans, qui m’accueille dans son petit appart jonché d’affaires, c’est pire que chez moi après une semaine de représentation politique sans rangement ! Il doit voir une amie, j’en profite pour marcher lentement dans les rues agitées de touristes et baignées d’un soleil couchant. Mes jambes, mes pieds, tout me dit de faire une pause. C’est décidé : je prends un jour off. Rendez-vous demain pour le portrait de Filippos et de Bamberg…et aussi de Leon.

J3 – Strasbourg à Prague – 7 août – Murrhardt > Ansbach

90km – 1100m dénivelé +

La crête dessine la rétine
Ame estampée sur fond d’ânes
Kirsten m’appelle pour le muesli

Kirsten m’héberge et n’habite pas seule : « ich lebe mit meinen zweiten Esel » – je vis avec mes 2 ânes -. Visage doux, blanc frisotant, l’air un peu égaré, elle est en tenue de campagne avec polaire.
Sa maison sentant le foin avec vue sur une colline ondulante de forêts…elle l’a quasi rénovée seule depuis 2010.
Des ateliers aux différents outils parsèment la maison : bricolage, jardinage, couture… Kirsten semble flotter hors du temps.
« Je consomme peu, regarde j’ai mis ces panneaux solaires pour l’électricité et ces panneaux pour chauffer l’eau, ça marche bien et je rentre plein de bois pour l’hiver, voici la remise, je cultive des légumes mais mes ânes ne font pas de lait ». C’est reposant ici avancè-je
« C’est calme à part les 6 coqs des voisins qui chantent dès 4h du matin ! Pénible ! ». « Et côté téléphone, pas trop dérangée par les portables car ça passe pas, j’ai internet mais pas très rapide ». Cela semble anachronique, elle me montre la terrasse
« J’aime bien dormir ici avec la vue et l’air, oui oui c’est mon lit, oui oui je dors dehors là, aussi l’hiver, le corps s’habitue au froid ».
« Ce que je fais comme travail ? Je suis consultante en SAP (progiciel intégré) et travaille pour des grands groupes »…. ???? A ce moment-là, mes clichés sur la marginale-babosse en prennent un coup, j’hallucine et ça devient carrément inspirant ! « Je connais toutes les briques de SAP, ce qui est rare, donc pas de souci pour avoir des missions. Je travaille 5-6 jours par mois et seulement l’hiver, de octobre à mars ».
Là…je re-hallucine et suis dans l’envie la plus totale, ça me fait penser au livre « la semaine de 4h ». « Le reste du temps ? Je bricole, je jardine, je couds, je répare des vieilles machines Pfaff…et surtout, je fais de longues balades avec les ânes chaque jour, en itinérance des fois, en Bretagne récemment, ce sont des ânes de France, grands et je galope avec le plus grand ! »
« Ce que je fais demain ? Je prends mon temps ». Cette rencontre a été une claque et une caresse à la fois. Je vous laisse méditer pendant que je renfourche mon vélo…
Je pense à notre hyperactivité urbaine matinée de performance permanente pendant que j’emprunte des pistes mêlants forêts et champs fleuris.
Je traverse un beau mur de graffitis, spéciale dédicace à hip hop non stop, festival hip hop que j’ai contribué à créer avec mes collègues élus à la culture du 24 au 28 août !
Je repère aussi quelques beaux châteaux dans des villages, en particulier un qui s’avère être la mairie : notre Bagatelle (mairie marseille 6/8) Gwenael Richerolle a un concurrent sérieux. Puis les pistes cyclables bordées d’arbres fruitiers me donnent quelques calories pour mon 10h.
Minute culture : en Allemagne, il y a beaucoup de fruitiers – pommiers, poiriers, pruniers – le long des routes qui sont « publics », une activité consiste à en ramasser les fruits pour en faire des jus notamment.
Après pas mal de km, j’arrive dans la jolie ville d’Ansbach où je déguste une limonade aux fruits de la passion avant de rejoindre mon hôtesse de la soirée : Klara, qui m’offre gentiment son jardin pour planter ma tente. Rendez-vous demain pour son portrait.
La bière est avancée, je vous laisse.

J2 – Strasbourg à Prague – 6 août – Eisinger > campagne de Murrhardt

100km – 1100m dénivelé +

Réveil aux aurores dans le pré.
Les chasseurs m’ont épargné
Je peux continuer mon périple

Je ptit déjeune de fraises et banane.
Le temps de replier tente, duvet, matelas et tutti quanti, le soleil inonde la canopée.
Je fais route buissonnière pour récupérer mon itinéraire et décide rapidement de faire un détour pour voir un cloître dont Anke de Strasbourg m’avait fait la promo. Le gps m’envoie du bois dans les bois et je passe par des chemins en forêts aux senteurs aromathérapeutiques, ca sent les feuilles enfouies, ca sent l’eau du petit ruisseau, ca sent la résine parfois.
Le cloître vaut le détour ! Nombreuses pièces, voutes partout, tympans colorés, fontaine étonnante… le tout entouré d’un grand parvis et de maisons à colombages. Je déguste une lasagne al forno…et je passe trop de temps. Je vais le payer…
Je reprends ma route. Et chemine d’abord sur du plat, croisant le chemin de « selbst blumen » : le principe est que chacun ramasse ses fleurs dans le champ et met ensuite les sous dans une boîte : totale confiance ! S’en suivent des tour et des détours dans des forêts superbes en altitude, ça se mérite par des bonnes montées. Cela permet aussi de sillonner des routes perchées au dessus d’un paysage vallonné et des vignes bien rangées à perte de vue.
Doit y avoir du bon vin par ici ! La fatigue se fait sentir et mes papilles sont émoustillées… Je m’arrête boire un verre de vin. Kolosssale erreur ! Déjà c’est 25cl de blanc et pour le vélo moyen moyen. Le vin était bon mais j’ai du mal à avancer dans la chaleur de l’après-midi.
Je m’exerce au picking pour reprendre des forces de mère nature : dégustation de pommes et de raisin en bord de route. Je fatigue sévère, la journée est interminable et mon iphone n’a plus de batterie pour me guider, c’est la cata !
Comment vais-je rejoindre Kirsten, mon hôtesse de la nuit ??? Sans gps, on est peu de choses ! Je trouve in extremis un bar dans un patelin et boit un verre en attendant 20min que la batterie charge un peu. Le temps est compté, je dois arriver avant la nuit…
J’arrive enfin à l’approche de la maison de Kirsten, elle est perchée comme sa maison, dernière d’une impasse au fond d’un vallon montagneux à la Hansel et Gretel. Le dernier raidillon, c’est l’énergie de la mission accomplie.
Ses ânes m’accueillent mais j’ai beau taper, pas de réponse. Sueurs froides…il va faire nuit, je dégouline de transpi, que vais-je faire ??? Je tente de l’appeler, je m’y reprends à plusieurs reprises car 1 barre de réseau, eurêka !!! J’entends sonner à l’intérieur, elle répond et m’ouvre ! Elle ne m’attendait plus et surtout attendait la confirmation de ma venue. Je comprends que je lui envoyé des textos sur son fixe ! Réseau cellulaire trop faible alors elle n’a qu’un fixe !
Ouffff, elle m’accueille avec un grand sourire et je file sous la douche. Serviette prête, lit prêt, le bonheur !
Pour découvrir l’incroyable vie en transition de Kirsten, rendez-vous demain.

J1 Strasbourg à Prague – 5 août – Strasbourg > Eisinger

106 km – 450 m dénivelé +

Au petit matin, Anke a préparé un muesli comme seuls les allemands savent le faire (elle est à moitié allemande) avec tellement de bonnes choses dedans que je pourrais bien réussir à faire 106km ! Son plan de travail inox immense me fait saliver en pensant aux centaines de tartelettes que je pourrais faire dessus mais c’est pas le plan du jour. Il est temps de partir après la bise de remerciements chaleureux.
Je démarre poussivement, c’est toujours comme ça le premier jour car faut faire des ajustements sur le vélo, les bagages, etc. Je stoppe au marché sur coin pour concocter mon pique-nique, c’est marrant ces clientes qui achètent des grosses saucisses de viande (acque l’asssent alsacien svp).
Je me délecte des rues charmantes et propres de la petite France…ça change de Marseilleuh. Puis je change d’itinéraire en rallongis pour longer le Rhin sur 51km. Temps idéal, lignes droites de pistes cyclables à perte de vue…sur le fleuve, une partie industrielle intéressante.
Je m’arrête pour ploufer dans le Rhin tout nu, c’est bon et pas froid.
Puis vers 13h, enfin la pause déjeuner : j’ai pédalé à fond pour rattraper le départ tardif du matin. Un homme vient vers moi, tout sourire, chouette ! Ich werde mein Deutsh üben können (je vais pouvoir pratiquer mon allemand).
Manque de pot, c’est un évangéliste illuminé, il me gratifie d’un prospectif genre « Jésus loves you ». Un pique-nique plus tard – Pain aux graines-roti de dinde-morbier-banane- j’enfourche ma monture et je m’éloigne du Rhin. C’est toujours sur des pistes cyclables mais moins beau, le long de routes pas top. Je commence à faiblir et m’achète un coca ! C’est uniquement dans ces moments-là que mon corps réclame un coca, c’est viscéral et ça rebooste (normal avec la tonne de sucre dedans). J’avance, j’avance, j’avance, je refaiblis : pas évident de passer de mes 20km de vélo par jour à Marseille à +de 100km.
Je m’arrête au km 85 dans la charmante ville d’Ettlinger pour boire un eis kaffee dans un konditorei (café glacé+glace vanille+glace café+chantilly). Ca me redonne une pêche d’enfer pour affronter les dernières côtes, j’en profite pour recharger mon smartphone car le gps ça pompe un max. Petit concert de rock sympa et maisons croquignolettes le long du canal fleuri. Je continue…une merco sortant d’un concessionnaire merco recule pour me laisser passer : on ne voit ça qu’ici ! Gratitude devant cette attention.
Je m’arrête chez un agriculteur pour acheter 500gr de fraises dans un distributeur, sic ! Le progrès est partout ! Étant tout collant de la journée, je me faufile dans un ruisseau pour me décoller, prêt pour la nuit ! Je touche au but…je croise un papy à vélo et lui demande (auf deutsch) s’il a un plan pour poser ma tente. Il m’indique une forêt avec des grands champs.
Wow !! C’est le paradis ! J’arrive à planter le tente sans encombre (ouf c’était la première fois avec celle-ci) et je savoure la quiétude jusqu’au moment où un chasseur arrive en jeep et me dit que j’ai pas le droit de rester là. Après un peu de nego, il me dit que c’est ok et qu’il fera attention à pas me tirer dessus. Me voilà rassuré pour dormir paisiblement en rêvant de bretzel et de bière.