J10 – Salzgitter > Jersleben See Camping – 114km – 970m dénivelé +
J11 – Jersleben > Dessau – 84km – 350m dénivelé +
Une gorgée minuscule de mûres
Un bol de lac devenant oasis
Merci pour la plongée en orage trouble

Je quitte Guillaume et Sandro après un petit déjeuner copieux bien évidemment et me revoilà sur des routes assez jolies bien qu’un peu monotones, le problème des pistes cyclables qui longent d’un peu trop près les voitures.
Mais j’ai la solution : je choisis en général l’option vtt sur mon app gps et me voilà téléporté sur des chemins en forêt. Plus dur, plus beau, plus de plaisir. Beaucoup de mûrier ronciers, j’en fais des ventrées.
Se pose l’éternelle question existentielle : où vais-je dormir ce soir ? Je repars sur une option camping-lac, c’était fort agréable la première fois, arrivé fourbu, barbotage dans le lac, gommage énergétique. Je prends cette décision vers 16h et je dois ajouter 35km au compteur, c’est masochiste mais la perspective d’atteindre l’eau fortifie le mental.
La fin de journée est longue, avec des lignes droites au cœur de paysages desséchés. Le lac apparaît au loin, brillant comme un oasis, une promesse de délivrance. 19h, réception fermée, pas grave je trouve un coin éloigné et pose gratos ma tente.
Reitération du rituel : bière (ou plutôt Radler, c’est comme notre panaché) et reste des caouètes…et bien sûr le bain !
Le lendemain, départ aux aurores le long du fleuve, c’est beau mais c’est court. Ce sont ensuite surtout des pistes le long de grosses routes et des chemins de terre en landes peuplées de champs immenses et sentant la bouse.
Heureusement quelques jolies villes dont Zerbst avec une Eglise immense sans toit. Je m’arrête respirer un peu dans un des seuls bars que j’ai vus sur 80km, commande un Eiscafé pour me donner un dernier shot de sucre. Pendant que j’écris mon carnet de voyage (mise en abîme), les nuages s’accumulent… J’envoie un whatsapp à Anne, la jeune allemande qui doit m’héberger à Dessau le soir-même, elle me dit : il pleut grave chez nous. Je me hâte, priant pour passer entre les gouttes… Jusque là tout va bien, jusque là tout va bien, jusque là…
Les premières gouttes arrivent puis bammmm, éclairs et cataractes d’eau ! Je ne cherche même pas à me couvrir, mes bagages sont étanches, je vis cette eau tiède ruisselant sur mon corps comme une bénédiction, l’air chauffé depuis si longtemps se liquéfie, se répand dans le sol, la nature se déploie, ouvre ses pores, engloutit tout ce qu’elle peut, avide de substance vitale, la terre exhale une haleine d’humus et le goudron lessivé dégage une odeur d’huiles essentielles…
Je slalome entre les flaques et arrive trempé à Dessau comme une bouillabaisse. Le père d’Anne m’ouvre la porte avec douceur et Anne, tourbillon du logis, me montre ma chambre. Rendez-vous demain pour leurs portraits croisés. Le père m’appelle pour boire une bière, je vous laisse.
