Visite à Bamberg, joyau baroque et romantique de la Bavière, 60km ouest de Bayreuth, 60km nord de Nuremberg
Linzer tochte et bière fumée
Baden Baden à Bamberg
Je marche au pas
Je commence par une discussion avec Filippos qui cherche un peu sa voie « je vais peut-être faire une école pour apprendre à utiliser des gongs et puis je lancerai une activité pour faire des bains de gongs aux gens, c’est thérapeutique », on parle bouddhisme et je lui fais un résumé en accéléré et en anglais (car en allemand c’est encore plus dur à expliquer !) de ce que j’ai retenu de différents enseignements dont l’illusion de l’ego, la notion d’impermanence des phénomènes mentaux et matériels, l’attachement à ces illusions qui amène la souffrance, etc… > appelez ma hotline si vous voulez parler karma&co.
Puis je le laisse à la table du petit-déjeuner dans son jardin collectif pour aller vadrouiller dans la ville, non sans avoir fait et étendu ma lessive du jour au préalable… et oui quand on a que 2 shorts, 2 debardeurs, 2 boxer, etc. faut laver tous les jours et prier que ça va sécher !
La ville est remplie de touristes mais pas partout, comme partout. Elle est chargée d’histoire (+1000 ans) et étendue sur 7 collines (comme Rome), depuis 1993 elle est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. D’un charme fou, elle déploie ses façades à colombages patinées par les siècles et colorées pour certaines, des statues et enluminures, des ponts qui enjambent la rivière – le Regnitz – et font penser à Venise, un ancien Rathaus (mairie) monumental, des cafés avec bière à toute heure (enfin presque car ça ferme à l’heure des poules).
Je monte dans le Rosengarten (roseraie) qui domine la ville et reste un bon moment à chiller en lisant le guide du routard sur les points d’interêts de la ville (mise en abîme) accompagné d’un café. Enfin, je me sers de ce guide ! Qui pèse une livre au moins, ce qui est pas mal pour un livre et beaucoup pour un cycliste qui fait la chasse aux kilos !
Je rejoins dans l’après-midi le 2eme couchsurfer qui a accepté de l’héberger. C’est Léon, il m’attend aux Haimbad, qui sont des bains aménagés le long de la rivière. Il est allongé sur le ponton de bois et se dore, enfin pas trop car il a le phototype d’un allemand blond, tout fin avec des yeux bleus et très bien élevé.
On saute d’un bout du ponton et on se laisse dériver avec le courant entre les arbres jusqu’à l’autre bout où on remonte, délicieux manège dans une eau à 22 degrés. Les muscles chauffés à blanc durant ces 4 premiers jours se détendent, se régénèrent.
Je poursuis mon obsession de tester les spécialités de la ville, j’emmène dans ma quête Léon qui m’indique un restaurant conseillé aussi par le guide du routard « Schlankerla ». Au passage, nous entendons une bribe de conférence, de l’autre côté de la rivière, d’un compositeur/musicien français assez expérimental – Sasha Blondeau – qui fait une sortie de résidence à la villa Concordia (un peu comme villa Médicis, fondation Camargo, la Cômerie à Marseille peut-être bientôt…). N’étant pas en manque de culture après cette année culturelle intense à Marseille, mais plutôt en manque de calories, nous poussons nos vélos vers le lieu qui va nous abreuver de veaux, vaches, cochons (surtout) et autres brevages (surtout bière).
D’ailleurs, nous commençons par une gerauch Bieer (bière fumée, spécialité de Bamberg). Celle-ci est brassée dans le resto, on m’avait prévenu qu’elle avait un goût de saucisson ou de bacon…ce n’est pas très engageant, mais en aventurier de l’extrême, je plonge dans ma pinte et en ressort positivement surpris, le goût fumé est léger, très boisé, petit soupçon de saumon fumé plutôt, c’est agréable.
Puis arrive l’inévitable pièce de Schwein (cochon) avec les choux (Kraut) et son Kloss (boule étrange un peu gluante mêlant pomme de terre crue et cuite, savante recette ancestrale).
Après un snaps à la Williamsbirne très bon, Léon se confie, me dit qu’il a toujours vécu ici, qu’il adore le surf, courir, nager. « Je vais faire une semaine de surf au Maroc en octobre, dans un camp de surfeur ».
Il m’évoque aussi sa souffrance au travail « j’étais juriste, j’ai fait un burn out, là je me réintègre dans le cabinet en faisant un travail administratif plus light ». Devant les visages épanouis en apparence, il faut creuser pour voir que les lignes de failles sont nombreuses et communes, la performance imposée par un système violent et utilitariste met à mal les êtres…
Sensation d’impuissance fugace et de partager une même condition humaine. Nous payons la serveuse irrascible qui m’a donné plusieurs fessées pendant le repas et longeons le canal , l’air est doux, la lune pleine-1 jour, je suis Léon à bicyclette
