J8+J9 – Strasbourg à Prague – 12+13 août – Erfurt > Salzgitter

J8 Erfurt > Salzgitter – train
J9 Salzgitter – chez Guillaume&Sandro

Épopée en train à l’amende
Ca fait le fier à Braunschweig
Vous prendrez bien une glace à Erfurt ?

Florian m’accueille à Erfurt. Il offre son plancher à mon duvet car il n’a pas de canapé, c’est spartiate mais le réseau « warmshowers » promet surtout une douche et un coin hébergement gratuit, des fois c’est total confort, des fois un poil moins. Florian est un grand cycliste, il fait de longs voyages avec sa copine « elle revient en train ce soir d’une traversée des Alpes à vélo, elle fait 200km par jour et des gros dénivelés »…. sur ce coup, je déclare forfait, j’ai trouvé ma maîtresse. « J’ai fait des études d’architecture mais je bosse chez IKEA, ça me plait, je conçois des cuisines pour les gens, un projet nouveau à chaque fois ». Il me montre un boîtier tout fier comme un bar-tabac dirait mon grand-père « c’est un gps pour vélo, comme ça plus de problème de batterie avec le smartphone ». Je comprends l’intérêt, ca me rappelle les moments galère à chercher désespérément un bar dans un patelin de campagne/montagne pour charger ne serait-ce que 30min le pressssieux à bout d’electrons
Florian saute sur son vélo, je fais de même, il me montre le maousse tour de Erfurt, à grands renforts d’explications. Pour une fois que c’est pas moi qui fait le guide à Marseille en me tapant la bonne mère à vélo, suant à grosses gouttes, j’apprécie !
La ville est peu touristique et a un charme fou, « Krämerbrücke » rue étonnante avec des maisons anciennes enjambant la rivière Gera (pont habité le plus long d’Europe), on teste les fameuses brastwurst (saucisses dans du pain pas très fameuses, très grasses) et une glace sublime que même mon guide du routard me-lavait-dit « Eiskramer », je prends sorbet de cassis + sorbet de yuzu-bergamote le tout un cornet bien épais-croustillant-beurré, un régal ! On les déguste au bord de l’eau et du coucher du soleil.
Minute culture : Erfurt a été fondée par St Boniface en 742 et a du sa prospérité au moyen âge à la fabrication de teintures pastel et indigo.
Le lendemain, je fais un tour à l’immense citadelle et découvre un magnifique théâtre en plein air dans les ruines d’une église sans toit.
Je file à la gare car un train m’attend pour Salzgitter ou je dois rejoindre mon ami Guillaume. Et oui, ayant pris un jour off à Bamberg, je dois accélérer avec le train. C’est une odyssée en 10 volumes de la pléiade ! Je dois prendre 3 trains. J’entre dans le premier, tout va bien ! Si ce n’est qu’ils exigent encore le masque et que j’en ai pas…je suis calé à côté d’une vieille dame type mamie gâteau, elle voit mon embarras et m’en offre un, j’aurais préféré un gâteau. On discute tout le long, elle me parle de son passé comme architecte à concevoir des bâtiments affreux en DDR, ce qui l’a conduit à se lancer comme art-thérapeute…pour se soigner par la même occasion je suppose. « Je fais une exposition, venez la voir, je peux vous héberger chez moi, voici ma carte ». Une tranchette de vie sympathique.
Je sors du train à Braunschweig et me dirige vers l’autre train et là…ruée vers l’or ! Tout le monde veut une place pour son vélo, je suis resté sur le quai KO attendant 1h le train suivant. Le billet promo à 9€ tout l’été a excité les cyclistes du dimanche… J’arrive in extremis à prendre le suivant. Je prends ensuite le 3eme et là, une contrôleuse bien rêche se pointe, 10 min avant mon arrivée, et me demande le billet pour le vélo…euh… « je croyais qu’il n’en fallait pas, au guichet on m’avait rien dit, en France il en faut pas sur les trains régionaux »…. « ausweis bitte ! », bref j’écope d’un 60€ bien saignant. D’humeur moyenne, je retrouve Guillaume – un ami de Paris exilé -, qui sait me détendre en m’offrant un gros morceau de Käsekuchen (type cheesecake) en arrivant à la maison. Il s’entraîne pour lancer un business de gâteaux itinérant avec un velo cargo « le gâteau français », efficace et pas cher. Son copain Sandro est une crème…dont je ne vais pas tarder à découvrir l’autre visage…suspense.
La maison est chaleureuse, un mix de déco ethnique et de steam-punk-retro-futuriste de Guillaume, qui a coupé ses cheveux au carré pour mieux s’intégrer. Après une nuit et les intrusions du chat persan, nous voilà chez un ami de Sandro : Maic.
Il vit dans une maison plutôt simple, presque une cabane, nichée au coeur de son jardin remarquable, publicité pour la biodiversité. On a envie de s’allonger dans le hamac, se poser au pied du bananier, se balancer dans un canapé suspendu. C’est un jardinier grand, sec, la mèche décolorée et l’oeil bleu malicieux. « Ce jardin appartenait à mon grand-père, j’y vis de mars à octobre puis je pars en Inde pour l’hiver ». Encore une vie inspirante, assez décalée.
L’intérieur de la cabane est une plongée en Inde aussi bien par les objets que les couleurs, les senteurs, l’esprit. L’esprit de Maic et de Sandro ont d’ailleurs leur part d’ombre…
Savez-vous que nous devions aller à la gay pride de Braunschweig ? Nous voilà stationnés dans un parking aérien de la ville, Sandro et Maic enfilent leurs habits de lumière ! Ils ont un rituel surprenant : faire la tournée des gay pride du coin et même jusqu’à Hamburg, avec des costumes exubérants cousus par leur soin. Ils se mettent en tête de cortège, se battant parfois avec des drag queen pour être vus au max. Leur but est ensuite d’être dans les journaux locaux – à côté du maire, c’est le graal – , dont ils font la collection. Un air de déjà-vu à Marseille ? Que nenni ! Le 1/4 de célébrité dont parlait Warhol, on est paf en plein dedans. Pour Sandro et Maic, c’est leur moment ! Et ils sont sérieux, concentrés, tendus comme un arc qui décrocherait des flèches rainbow. Cette année, ils sont transmutés en Ruby Rhod, présentatrice déjantée dans le 5eme élément jouée par Chris Tucker.
Guillaume en pirate et moi avec un simple t-shirt en strass, on est carrément des austères luthériens. On les laisse agiter les mains en première ligne sans se mêler à la populace comme la reine d’Angleterre, et on sillonne le cortège plutôt fourni et festif.
Après ces émotions, nous engloutissons une pizza et une énorme coupe de glace avec vue sur la scène de la pride. Lestés nous tentons une incursion à la fête foraine de Salzgitter, mais nous sommes vite lassés des auto-tamponneuses, baraques à frites et scène locale zik country. Il est temps de rentrer pour manger – sic – un morceau de Käsekuchen.
Heureusement que je reprends le vélo demain pour éliminer tout ça, tout en gardant ces expériences atypiques partagées au creux du coeur.